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  • : Blog initialement consacré à la géopolitique de l'Arctique . Il traite désormais de l'actualité politique , economique , socio-culturelle , historique et militaire et présente des analyses " non conformistes " .Il ne pretend pas à l' " objectivité " mais presente un point de vue alternatif , en opposition avec les pretendues " analyses " syndiquées des " mediats libres " des " democrassies occidentales "
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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 22:44

L'excellente revue " Champs de bataille " propose dans son numéro de Juin-Juillet 2011 [ N°40 ]- [ Lien ] - sous la plume de Fréderic Ortolland un excellent article - du point de vue de l'histoire bataille - sur la guerre Russo-Turque ou Russo-Ottomane de 1877-1878 . Il n'est pas besoin de souligner ici l'importance de ce conflit à l'aune de la géopolitique Européenne du XIX ème siècle et même du XX ème siécle puisque le traité de San-Stefano signé le 3 mars 1878 , qui sera revu lors du Congrés de Berlin , voit la naissance de la Bulgarie en tant que puissance Balkanique tandis que la reconnaissance par la Russie d'un " droit d'occupation et d'administration " de l'Autriche-Hongrie sur la Bosnie-Herzegovine séme les prémices du premier conflit mondial . Signalons aussi la question de la Bessarabie dévolue à la Russie qui n'est pas encore résolue avec les projets Roumains récurents d'Anschluss avec la Moldavie . Evoquer ce conflit Russo-Ottoman n'est pas anachronique car la géopolitique s'étudiant sur les temps longs , il est utile de rapeller comme le fait le général (2s) Jean-Bernard Pinatel dans Russie , Alliance vitale [ Lien ]  que le monde Russo-Soviétique et le monde Ottomano-Turc ont été en guerre 60 ans sur une période de 4 siècles [ XVII éme - XX éme ] ce qui constitue un taux de conflictualité record - 15% - dans l'histoire Eurasienne et même mondiale  avec justement un pic au cours du XIX éme siècle .

Les récents rapprochements entre la Russie et la Turquie sur la question du nucléaire avec la vente de quatre centrales et le dossier South-Stream n'étant peut-être à cette échelle qu'une embellie passagère .

Signalons le retour actuel en Turquie d'un neo-Turcisme qui voit Ankara à la tête d'un Empire s'étendant des Balkans au Sinkiang en passant par l'Oural , ce neo-Turcisme s'exprimant par exemple par des reportages plus que suspects de la chaîne de propagande d'état TRT [ Türkiye Radyo Televizyon ] sur le " Baskurdistan " , le " Bulgaristan " et le " Cuvasistan "[ Lien ] , sur l'activiste et propagandiste Tataro-Criméen  Ismail Bey Gasprinski ( 1851- 1914 ) ou la terroriste séparatiste Turkistainaise [Sic ! ] Rebiya Kadeer .La condamnation d'officiers Turcs liès au réseau Ergenekon étant un autre aspect de cette résurgence de l'expansionisme Anatolien .

 

Si il y aurait une " critique" à porter sur l'article de Fréderic Ortolland , c'est d'avoir oublié de resituer la guerre Russo-Ottomane de 1877-78 dans la perspective du Grand-Jeu et de l'alliance scellée par la France et l'Angleterre contre la Russie . Une erreur que commet aussi Peter Hopkirk dans son livre Le Grand Jeu , officiers et espions en Asie-Centrale . Car ce conflit géopolitique ne se limite pas dans l'espace à l'Asie Centrale mais s'est bien déroulé , et continue , des Balkans à l'Océan Pacifique .

L'aspect le plus intéressant de l'article de Fréderic Ortolland est le choix des illustrations . Il utilise les tableaux de deux peintres Orientalistes Russes : Nicolas Dmitriev-Orenburgsky et Vassili Verechtchaguine  ainsi que du réaliste Russe Konstantin Makovsky [ Les martyres Bulgares - 1877 ] qui représente le viol et le meurtre des femmes Bulgares par la soldatesque Ottomane . Ayant séjourné à Paris au contact de leurs collègues Orientalistes Européens [ lien vers article ] , Dmitriev-Orenburgsky et Verechtchaguine n'en présentent pas moins une vision totalement opposée de cet Orientalisme avec un aspect beaucoup plus conflictuel tant dans leur description du monde Ottoman - les harems sont décrits comme des lieux d'esclavage et de violence sexuelle et non pas de volupté - que dans des  tableaux décrivant des batailles contre cet empire Ottoman en déliquescence  .A contario de Delacroix qui nous présente les orientales se promenant au dehors avec une chemise échancrée laissant deviner leurs poitrines , Verechtchaguine peint la femme orientale en Burqua[ Lien ] , des Derviches sournois et comploteurs et n'hésite pas à humilier les ennemis vaincus et prisonniers [ Deux aigles ] [ lien ]  

 Vassili Verechtchaguine est même vu comme le peintre du Grand Jeu avec ses tableaux sur la conquête Russe de l'Asie-Centrale ou les répressions du colonisateur Britannique contre les Cipayes en révolte et dans l'attente du " médecin qui viendra du nord " . Curieusement , mais est-ce vraiment une erreur , l'article de Fréderic Ortolland commence par un tableau lié justement à la guerre en Asie-Centrale , la prise de Khiva .  [ Lien ] [ Laissez les rentrer ! ou Sous les remparts de la forteresse- vers fin 1873  ] . Vassili Verechtchaguine ne se contentera pas de peindre les combats héroïques de l'Armée Russe sur le Danube ou dans le Caucase lors du conflit Russo-Ottoman de 1877-1878 mais évoquera tous les aspects de ce Grand Jeu et notoirement la guerre du renseignement avec sa toile L'espion - 1878-1879 . [ Lien ]

Si la guerre Russo-Ottomane de 1878- 1879 a fortement inspiré les peintres Orientalistes Russes , elle a aussi constitué une source d'inspiration pour le cinéma Russe muet balbutiant , le cinéma Soviétique et le cinéma national-patriotique Russe contemporain tant raillè en Occident mais qui est comme je l'ai déja signalé d'une excellente qualité que ce soit dans les productions télèvisuelles [ Likvidastaya , Diversant , ... ]  sous forme de séries , de téléfilms ou des films pour le grand écran .[ 1612, Tarass Boulba , Alexandre-la bataille sur la Neva , Admiral , Kandahar , Operatsaya Razvarodka , ...] .Signalons que l'initiative de l' " opposition démocratique Russe " visant à instaurer le boycott de ces productions a pitoyablement échouée , les plus grands noms du cinéma Russe continuant de tourner ou de réaliser ce genre .

Parmi la production cinématographique Soviétique , il faut signaler Les héros de Chipka - Герои Шипки - produit en coopération avec la Bulgarie en 1954 et qui remporta le Prix de la mise en scène au festival de Cannes 1955 .

Ce film fait référence à la défense héroïque de la passe de Chipka par les troupes Russo-Bulgares lors de la deuxiéme bataille de la passe de Chipka . Comme chacun pourra le constater , ce film ne parle en aucune manière de fraternité prolétarienne internationaliste  mais des " patriotes slaves Bulgares dont la révolte est noyée dans un fleuve de  sang par les esclavagistes Turcs qui ont envahi l'Europe depuis 1352" ! Alors que l'Europe Occidentale reste sourde aux appels des nations Slaves des Balkans , et elle l'était en effet , le secours ne peut venir que de la Russie . Cette ode aux troupes impériales Russes - et aux tsars Russes - est la mise en image des tableaux de Nicolas Dmitriev-Orenburgsky et de Vassili Verechtchaguine dans le contexte de la Guerre Froide - alors à son apogée - et ou la Turquie , pilier de l'OTAN dans la région , est le sucesseur de l'ennemi hériditaire Ottoman . L'Armée Rouge devenue Soviétique garantit la liberté des peuples Slaves Balkaniques comme autrefois l'armée impériale Russe . La scéne finale du film fait le lien direct entre les deux époques : La libération des Balkans en 1878 par les armées impériales Russes et la libération par l'Armée Rouge de la région en 1944 , non pas par les Soviétiques mais par les Russes . Par association , les Turcs de 1878  deviennent les Nazis de 1944 . L'allusion à Adrianople dans l'avant dernière scéne du film fait référence à l'ambition frustrée de l'Urssie de contrôler , que ce soit en 1878 [ le Haltbefhel imposé par les Franco-Anglais à

la Russie devant Adrianople ] , lors de la Conférence de Montreux ou en 1945 , les détroits .  Cette vision se retrouvera dans l'historiographie Soviètique des années 60 à 80 avec par exemple les " essais sur l'histoire de la Russie  " de Boris Krotkov dans la revue Spoutnik .[ lien ]   

 

L'autre film  marquant qui évoque ce conflit est le Gambit Turc - Турецкий гамбит - tourné en 2005 . Il balise , est-ce un hasard , le début de ce cinéma national-patriotique Russe contemporain . Basé sur le roman éponyme de l'écrivain Judéo-Géorgien Boris Akounine , il raconte l'histoire d'Erast Pétrovitch Fandorine qui vient d'échapper au bagne quand il rencontre Varvara Andréevna, une jeune femme qui se rend sur le front pour y retrouver son fiancé. D'aventures en aventures, les deux jeunes gens se retrouvent à l'Etat-major Russe où un agent secret Turc sème le trouble. Ne reste donc à Erast Pétrovitch qu'à faire preuve de son irremplaçable talent d'enquêteur pour déjouer les plans sournois de l'agent infiltré . Varia Souvorova, une jeune Russe intrépide, a décidé de rallier le front Russe pour y retrouver son fiancé Pétia, officier du chiffre. Son convoyeur lui ayant volé ses bagages et son argent, elle se retrouve démunie dans une auberge Bulgare peu accueillante. C’est là qu’elle rencontre Eraste Fandorine, un jeune policier Russe perspicace qui lui procure une monture en jouant la jeune femme aux dés. Après avoir échappé à une horde de Bachi-Bouzouks, le couple parvient jusqu’au campement militaire où Varia retrouve Pétia. La joie des fiancés est de courte durée car un important message du haut état-major a été mystérieusement trafiqué.L'un des grands moments de ce film est le premier assaut sur la forteresse de Plevna ou la fuite devant un groupe de Bachi-Bouzouks . Comme la plupart des films nationaux-patriotiques Russes , le Gambit Turc a pu béneficier d'un financement de l'Etat ce qui a permis par exemple le tissage des uniformes dans un tissu se raprochant de celui de l'époque , le tournage sur les lieux mêmes de l'action [ les villages Balkaniques sont magnifiques ] et de nombreux effets spéciaux qui donnent au film ce rythme qui manque parfois aux films Russes . null

Alors que les ordres étaient de s’emparer de la ville de Plevna, haut lieu stratégique, les troupes ont été dirigées vers Nikopol, une place sans intérêt, ce qui a permis à l’armée Turque de se réorganiser. Pétia, accusé d’avoir modifié le message, est mis aux arrêts. L’astucieux Fandorine, qui le croit innocent, tente de piéger le vrai traître.[ Lien ]

[ site du film ]

 

Alors que les ordres étaient de s’emparer de la ville de Plevna, haut lieu stratégique, les troupes ont été dirigées vers Nikopol, une place sans intérêt, ce qui a permis à l’armée Turque de se réorganiser. Pétia, accusé d’avoir modifié le message, est mis aux arrêts. L’astucieux Fandorine, qui le croit innocent, tente de piéger le vrai traître.[ Lien ]

[ site du film ]

 

 

  

 

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File:У крепостной стены.jpg

  

 

военное кино турецкий гамбит

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Published by DanielB - dans Kulturkampf
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commentaires

Jacenius 19/08/2011 21:37



Bonjour,


On a le droit de publier ce genre de site ?


http://www.digital-cake.net/watch/the-turkish-gambit



DanielB 21/08/2011 01:32



Raaaah ! Superbe !


Merci pour tous ceux qui vont pouvoir l'apprecier .


Cordialement


Daniel BESSON



Volkur 18/08/2011 13:13



De très belles photos sur la Russie pré-soviétique, de  Sergey Prokudin-Gorsky



DanielB 18/08/2011 14:22



Merci ,


Nicolas II aurait du suivre les conseils de son ministre de l'intérieur Piotr Durnovo : Ne pas rentrer en guerre . La Russie de 1914 est un navire qui a coulé en arrivant au port . Stolypine a
réalisé un magnifique travail avant son assassinat . Les photos sont intelligement commentées sur le site : Les khanats d'Asie Centrale conquis lors du Grand-Jeu qui ont donné les " - stans "
Soviétiques bénéficiaient bien en effet d'un statut autonome au sein de l'Empire , ce que beaucoup d'historiens ignorent .


Tres Cordialement


Daniel BESSON



Alan Broc "Felibre d'Auvernho" 17/08/2011 16:41



Dernière remarque. Ces films patriotiques sont bien dans la vision du grand Soljenytsine. Vladimir Poutine est allé trois fois lui rendre visite et les deux
premières fois pour prendre son conseil.


 


On comprend quel gâchis contre la Russie ont commis les communistes en envoyant au goulag un patriote aussi éclairé.



DanielB 17/08/2011 16:50



Bonjour ,


Il ya effectivement eu des troupes Roumaines à Plevna . Merci pour vos interventions fort pertinentes .


Tres Cordialement


Daniel BESSON



Alan Broc "Felibre d'Auvernho" 17/08/2011 16:15



Druge remarke na film "Geroji Shipki"


 


Sur le film "Les héros de Shipka" il me semblait qu'il y avait des troupes roumaines à la bataille de Plevna, mais je me demandais s'il n'y avait pas eu deux batailles car un peu partout en
Roumanie il y a des "Strada Plevnei" (rue de Plevna).


 


Après avoir visionné l'extrait je vois que c'est la même où, sur sa partie du front le voiévod de Roumanie Carol, Karl de Siegmaringen, le futur roi Carol Premier, a vaincu les turcs.


 


Remarquez que même en parlant russe les dames de la court disent "Chişinău à la manière roumaine pour parler de la grande ville
bessarabienne. (et non pas Kishinieff comme à la sinistre époque soviétique qui a tenté de russifier le pays)


 


Conclusion :



Živela Rusia (en serbe)



Da zdravstvuyet Rossiya (en russe)



Trăiască Rusia (en roumain)


 


Dole savecki savez (en serbe)


Jos uniunea sovietică (en roumain)


 


A bas l'Union Soviétique



DanielB 18/08/2011 14:35



Bonjour ,


Concernant le dialogue entre le Tsar et son MAE à la fin de la première video , en particulier sur le droit de passage accordé aux troupes Russes , c'est une allusion à l'attitude Polonaise et
Roumaine en 1939 qui ont refusé ce même droit de passage [ et de survol ] aux troupes Soviétiques .


Tres Cordialement


Daniel BESSON



Alan Broc 17/08/2011 15:50



"Le Gambit turc" est le nom du film. Le révolver du titre représentait le G et pas le R.


Un film que j'aimerais bien voir sur les chaînes françaises !



Liens