Les Etats-Unis veulent leur part du gâteau arctique

Publié le 16 Mars 2011

Par Andreï Fediachine, RIA Novosti

Tôt ou tard, cela devait arriver. Les Etats-Unis ont décidé d'envoyer massivement l'US Navy dans l'Arctique. Ce n’est pas une plaisanterie. Il a été recommandé à la marine américaine de changer complètement son attitude envers les "glaces" et de s’adapter au travail dans les hautes latitudes. Et dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard, et avant que les Etats-Unis ne soient devancés par d’autres prétendants aux espaces arctiques riches et stratégiquement importants. La liste de Washington inclut 8 de ces "prétendants arctiques": les Etats-Unis, le Canada, la Russie, le Danemark, la Norvège, l’Islande, la Suède et la Finlande.

Lorsque les Etats-Unis commencent à déployer quelque part leur composante navale, cela est toujours lourd de conséquences les plus redoutables pour les autres. Quoi qu’il en soit, toutes les dernières directives montrent que les "saisons chaudes" attendent l’Arctique.

Parmi les principaux conseils: renforcer la préparation arctique de la marine, de l’infanterie de marine et de la garde côtière. Doter la marine des navires supplémentaires de classe arctique et des brise-glace. Etablir en Arctique des stations permanentes de surveillance en surface et sous-marines. Moderniser le système GPS pour les besoins arctiques, créer des sonars d’un type nouveau pour les sous-marins en tenant compte des changements de la physique des eaux, de sa salinité, de sa densité, etc., en raison du réchauffement climatique et des changements des courants de l’océan. Une approche pragmatique et globale d’une affaire sérieuse à l’américaine.

L'hypothétique coopération en Arctique

Les recommandations de commencer immédiatement la révision complète du rôle des Etats-Unis dans les glaces sont fournies dans le rapport de l’Académie des sciences des Etats-Unis, préparé à la demande de la marine. Un groupe spécial de scientifiques et d’experts de la marine sous la coprésidence de l’amiral Frank Bowman à la retraite a travaillé pendant quatre ans à la rédaction du document "Conséquences des changements climatiques pour la marine américaine dans le cadre de la sécurité nationale."


Le rapport constate que le réchauffement de la planète est inévitable et que les espaces arctiques seront libérés des glaces en été pour 2030 (ou même avant). Des changements considérables attendent l’écologie, les eaux de l’océan Arctique, l’état physique des eaux et des glaces. Il faut s’attendre à des changements dans les relations entre les pays disposant d'un accès à l’Arctique, à une nouvelle répartition des frontières et du plateau continental, à la lutte pour les minéraux, les richesses de la mer, les voies maritimes, et il faut être prêt à tout cela.

Le document stipule que bien que le potentiel des conflits en Arctique soit relativement faible, la "coopération en Arctique même entre des alliés proches ne doit pas être considérée comme acquise."

On ne peut pas dire que Washington n’accordait aucune importance au Nord jusqu’à présent. Le rapport résulte de la directive de George W. Bush de 2007 pour l’élaboration d’une stratégie arctique des Etats-Unis. Mais les auteurs reconnaissent que ce sont les derniers exercices de la Russie dans l’Arctique qui ont considérablement influencé le contenu du document. En commençant par l'installation du drapeau russe au pôle Nord par l’expédition russe en eaux profondes en 2007, et se terminant par la publication en 2009 de la nouvelle Stratégie russe de la sécurité nationale jusqu’en 2020.

Lorsque l’Occident a pris connaissance du "chapitre arctique" de la stratégie russe, beaucoup ont été choqués. En particulier par les évaluations stratégiques du rôle et de la place de la Russie dans le monde et des menaces éventuelles, où il est dit qu’à l’avenir les conflits pourraient survenir près des frontières russes en raison des ressources de matières premières. Et que le règlement de ces conflits n’excluait pas le recours à la force militaire.

Etant donné que chaque concept stratégique n’est pas seulement une constatation des intérêts nationaux et des menaces pour ces derniers, mais également un avertissement, les pays prétendant aux ressources arctiques ont tiré la conclusion suivante: la Russie sera prête à défendre ses intérêts en Arctique jusqu’au bout. Les plaisanteries comme l'installation du drapeau au fond de l’océan arctique sont terminées.

Le rapport se divise en parties scientifique, pacifique et stratégique (pas très pacifique). C’est une "feuille de route" sur des axes parallèles: maritime et juridico-scientifique.

En évoquant les questions juridiques, les auteurs du rapport recommandent fortement aux Etats-Unis de ratifier, enfin, la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer datant de 1982. C’est une sorte de "constitution maritime" qui réglemente tout ce qu’il est permis de faire dans, au-dessus, et sous l’océan. Les Etats-Unis ont signé le document mais ne l’ont toujours pas ratifié. Ils estiment que certains points sont obsolètes et qu’un nouveau traité est nécessaire. La Russie estime inutile un nouvel accord sur le règlement en Arctique, la convention suffisant amplement. Les Etats-Unis ne peuvent pas réellement participer au partage juridique des secteurs arctiques sans signer la convention.

Les "mauvais exercices" de la Russie

Les Américains ont déjà commencé à prendre très à cœur l’activité russe autour du sommet glacé de la Terre. La grande conférence pour la coopération arctique, "L'Arctique, territoire de dialogue", organisée à Moscou les 22 et 23 septembre 2010, a envenimé la situation. Le fait que la Russie ait commencé à donner le ton dans le règlement des problèmes arctiques ne plaît à personne, bien que le rapport reconnaisse ouvertement que le premier ministre russe Vladimir Poutine appelait seulement au "dialogue et à la coopération", lors de la conférence.


Un autre fait n’est pas passé inaperçu. L’année dernière, la Russie a pour la première fois ouvert sa voie maritime du Nord aux pays étrangers. Pour la première fois de l’histoire, la voie maritime du Nord russe a accueilli des transporteurs commerciaux allemands [ Beluga Shipping - NDLR ] . A la fois deux cargos allemands, Fraternity et Foresight, ont traversé le passage du Nord-Est.

Les Canadiens affirment toujours que la Russie tente effrontément d’accaparer pratiquement 460.000 miles carrés de fond marin (cinq fois plus que la superficie de la Grande-Bretagne). En fait, les Canadiens sont ceux qui devraient se plaindre le moins, car c’est précisément le Canada qui a initié tout le conflit arctique actuel, lorsque dans les années 1950 le pays a proclamé sa souveraineté sur le pôle Nord. A l’époque, la Cour internationale a statué que le territoire pourrait effectivement revenir au Canada si au bout de 100 ans personne n’arrivait à prouver que le fond de l’océan arctique lui appartient. Et tout le monde s’est mis à essayer de le prouver.

Il y a de quoi lutter dans cette région. Selon les calculs du United States Geological Survey (Institut d'études géologiques des États-Unis), le plateau arctique pourrait cacher plus d’un quart des réserves mondiales de pétrole et de gaz qui n’ont pas encore été découvertes.

  Document :

Climate Change Poses a Major Challenge for the U.S. Navy in the Arctic

Rédigé par DanielB

Publié dans #Geopolitique

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