Geopolitique

Lundi 7 décembre 2009 1 07 12 2009 21:46
A quoi reconnaît on qu'une mesure prise ou decidée par un responsable politique Russe renforce la Russie ?
Au niveau des hurlements et des critiques qu'elle sucite dans la " presse libre " Occidentale , Anglo-Saxonne en particulier .
Passée presque innaperçue des mediats occidenatux qui se focalisaient sur les " critiques " vis de la gestion du ministère Poutine , le projet du président Medvedev de réduire les nombres de fuseaux horaires commence à inquiéter ceux qui en ont mesuré la portée en " Occident " .[ 1 ]
D'ou le magnifique article du " The New York Times " qui considère que ce projet " merite un débat " ! [ 2  ]
Il va même jusqu' à affirmer que ce projet " suscite des suspicions dans l'extrême orient Russe " , chose curieuse car les " Extrêmes Orientaux " Russes sont les premiers à soutenir cette mesure !
Horresco referens pour le NYT ( s'exprimant par la voix d'un Russe certainement imaginaire ) , ce projet qui sera " centralisé " sera donc " totalitaire "  
Il faut en effet se poser la question : Qui a suggéré aux NYT de s'intéresser au " débat " en Russie à propos des fuseaux horaires ?
En tout cas : BRAVO M.MEDVEDEV !

Liens :
[ 2 ] In Russia, New Times Are Reason for Debate - Article du NYT du 7 décembre 2009 .

Articles associés :
[ 1 ] M.Dmitri Medvedev annonce une "révolution géopolitique "de l'espace Russe .

 



Par DanielB - Publié dans : Geopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 5 décembre 2009 6 05 12 2009 14:34
La toponymie a longtemps été en Europe un moyen de revandication territorial , particulièrement dans la période trouble de l'entre deux guerres ou plusieurs états contestaient une région en s'appuyant sur une toponymie d'origine Allemande , Tchéque ou Polonaise .
Une cité comme Katowice dont personne , aujourd'hui , ne conteste la Polonité n'était elle pas aussi la  Kattowitz Allemande avant que les corps francs Polonais , avec la complicité des militaires Français et des chefs politiques Français ,ne s' y livrent à un nettoyage ethnique de la population Allemande entre 1920 et 1921 ?
Le débat vient d'atteindre l'arctique .
La Chambre des Communes Canadiennes vient d'approuver à la quasi unanimité un projet de loi visant à renommer le " Passage du Nord-Ouest " en " Passage du Nord-Ouest Canadien " ( Canadian Northwest Passage " ) . [ 1 ]
Ce vote favorable a eu lieu malgrés l'opposition des chefs communautaires Inuits qui considérent que cette nouvelle toponymie ne prend pas en compte la présence millénaire des Inuits sur les rivages de cette voie d'eau septentrionale .
Selon le chef communautaire Inuit Paul Kaludjak , la région aurait du être rebaptisée " Tallurutik " comme elle est connue par les habitants indigènes . [ 2 ]
La première motion visant à renommer le " Passage du Nord-Ouest " a été déposée le 28 janvier 2008  [ 3 ]

Le " Passage du Nord-Ouest Canadien " fait l'objet d'un conflit de souveraineté entre le Canada qui considère qu'il dépend de sa juridiction nationale et les Etats-Unis ( mais aussi les états Européens ) qui considérent qu'il s'agit d'un corridor maritime international .

On peut désormais se poser la question si avec justesse la Douma Russe ne va pas vouloir renommer le " Passage du Nord-Est " en " Route Maritime Nord Russe " ?


Liens :
[ 1 ] Arctic sea route to be renamed 'Canadian Northwest Passage' - Article de Canwest News Service du 3 décembre 2009 .
[ 2 ] Aboriginals want their culture considered in any renaming of Northwest Passage - Article de Canwest News Service du 14 novembre 2009 .
[ 3 ] L'Arctique : Chronologie des faits marquants au Parlement canadien -
Par DanielB - Publié dans : Geopolitique - Communauté : Relations Internationales
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 3 décembre 2009 4 03 12 2009 19:43




Nous avons vu dans ce blogue les conséquences du ( supposé ) réchauffement climatique global pour la Russie [ 1 ] et pour le Groenland [ 2 ] .
Un rapport établi par le TRNEE ( Table Ronde sur l'Environnement et l'Economie ) , organisme indépendant du gouvernement fédéral ayant pour mandat d'effectuer des recherches et de formuler des conseils sur les enjeux de développement durable intéressant le Canada et les Canadiens , souligne l'impréparation des infrastructures du Grand Nord Canadien à faire face aux conséquences du réchauffement climatique global . [ 3 ] - [ 4 ]
Cette impréparation pourraït à terme comprommettre les projets de développement de l'arctique Canadien  [ 5 ] et même menacer la souveraineté du Canada sur ces régions arctiques .
Tout comme la Russie , le Canada doit faire face à l'effet de la fonte du pergelisol sur ses infrastructures de communications , de transport énergetiques et même d'habitations .
Tout comme la Russie , le Canada est confronté à l'exercice de la souveraineté sur de vastes zones peu peuplées possédant de grands potentiels de richesses minières .
Or la mise en valeur de ces régions nécessite des conditions de vie décente et sécurisées pour les " pionniers " et les " autochtones " ( infrastructures d'habitation ) , des moyens de communication sécurisés et en bon état de fonctionnement ( routes , voies , ferrées , pistes d'aéroport )
Les infrastructures de transports énergetiques ( lignes à haute-tension )  et minières (  oléoducs ; gazoducs ; voies ferrées ) sont nécessaires poour l'évacuation vers les centres de consommation , de transformation et d'exportation des richesses minières et énergetiques ( petrole , gaz ) présentes dans les regions arctiques .
Ce rapport montre aussi que les décideurs politiques Canadiens , mais aussi Russes , doivent desormais intégrer dans leurs plans de développement des régions arctiques les effets du réchauffement climatique  , tout comme le font les planificateurs militaires [ 6  ] .
Dans le domaine militaire les infrastructures comme les pistes d'aéroport et les voies de communication ( voies ferrées , routes ) sont tout aussi utiles pour la projection dans la toundra , la défense opérationnele du territoire et l'exercice des missions de souverainté .
La publication de ce rapport survient en même temps que le gouvernement Canadien vient de désigner  WorleyParsons Westmar Ltd. pour la phase préliminaire des études d'un port militaire arctique , Nanisivik Naval Facility (NNF) au Nunavut , destiné à assurer une présence militaire accrue de la marine Canadienne dans la région .
La base de Nanisivik est destinée à devenir un hub logistique pour les missions de la marine Canadienne dans le grand nord durant la saison navigable . Sa construction doit commencer en 2011 et la disponibilté opérationnelle est prévue pour 2014 [ 9 ]-[ 10 ]
Selon le rapport du TRNEE , les conditions déja trés difficiles du Grand-Nord Canadien pourraient empirer avec les conséquences de la fonte du pérgelisol , particulièrement dans le domaine des communications .


OTTAWA, ONTARIO--(Marketwire - 26 nov. 2009) - L'infrastructure et les collectivités du Nord canadien ne sont pas préparées à faire face efficacement à la menace émergente que pose le changement climatique aux routes, aux bâtiments, aux sites d'élimination des déchets industriels, à l'infrastructure de transmission de l'énergie et aux autres infrastructures essentielles, selon un nouveau rapport publié par la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie.

"Le Nord canadien est sur la ligne de front du changement climatique", affirme la TRNEE, ce qui exige un effort soutenu pour faire en sorte que l'infrastructure et les collectivités soient mieux préparées à s'adapter au changement climatique attendu, qui pourrait entraîner la dégradation du pergélisol, la fonte des routes de glace, des ondes de tempêtes et l'érosion des côtes.

Parmi ses 16 recommandations, Franc Nord : adaptation de l'infrastructure du Nord canadien au changement climatique suggère de mettre à jour les codes et les normes de construction et de génie, d'améliorer les données et l'information sur le climat et le pergélisol, d'examiner les changements à apporter au système d'assurance et d'utiliser les programmes fédéraux de financement des infrastructures pour faire en sorte que la construction des nouvelles infrastructures tienne compte de l'évolution du climat.

Le rapport arrive juste au moment où les nations du monde se rencontrent à Copenhague pour discuter de la meilleure façon de travailler ensemble pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, blâmés pour différents phénomènes arctiques comme la dégradation du pergélisol, la fonte de la glace marine et les changements aux régimes de précipitations. Par contre, si la diminution des émissions de carbone est importante à long terme, la TRNEE souligne que l'adaptation à l'échelon local est critique pour composer aujourd'hui avec des effets du changement climatique qui semblent inévitables.
"Le changement climatique connaît sa progression la plus rapide dans les régions arctiques, exigeant du Canada qu'il devienne un chef de file mondial dans les pratiques d'adaptation," explique le président de la Table ronde, Bob Page.  " Nous croyons que notre rapport s'inscrit dans un créneau important pour la mise en place par le gouvernement fédéral de sa Stratégie pour le Nord."[ 5 ]

Le rapport note que les routes de glace fondent plus tôt au printemps, forçant les collectivités à recourir à l'avion pour importer les produits de base, tandis que la fonte du pergélisol peut déstabiliser les fondations des bâtiments. Par ailleurs, l'augmentation des chutes de neige et les changements dans les conditions de glace ajouteront des charges sur les immeubles et les infrastructures de communications et de transmission de l'énergie, construits pour des conditions de neige et de glace différentes. La dégradation du pergélisol peut aussi miner les pistes d'atterrissage et les routes, tandis que les ondes de tempête augmentent le risque pour les collectivités côtières et peuvent forcer la relocalisation des infrastructures.

La Table ronde a constaté que les normes et les codes nationaux n'accordaient pas suffisamment d'importance aux intérêts et aux conditions du Nord et qu'il existait des écarts importants dans la disponibilité et l'accessibilité des données qui forment la base de la gestion des risques et de la prévention des pertes en matière d'infrastructure. La TRNEE a également constaté que la capacité des collectivités nordiques d'évaluer le risque posé par le changement climatique aux infrastructures était inégale et insuffisante. L'absence de stratégies coordonnées entraîne des réponses gouvernementales au gré des circonstances qui pourraient être inefficaces et coûteuses.

"Des bâtiments aux routes, des aéroports aux pipelines, les infrastructures sont essentielles à la sécurité des collectivités modernes,"  explique le président et premier dirigeant de la TRNEE, David McLaughlin.
"Cette nouvelle étude de l'infrastructure du Nord menée par la TRNEE offre des conseils pratiques pour rendre l'infrastructure plus résiliente et moins vulnérable au changement climatique."

La TRNEE s'est penchée sur le rôle de trois mécanismes clés pouvant être utilisés dans la gestion du risque pour l'infrastructure :

1. les codes, les normes et les instruments connexes, qui fixent les exigences de construction, d'entretien et autres de l'infrastructure;

2. les polices d'assurance, qui peuvent offrir des mesures incitatives de rajustement des primes afin de réduire le risque;

3. les politiques de gestion des catastrophes, qui peuvent augmenter le degré de préparation des collectivités et leur capacité de réaction en cas de catastrophe.

Voici quelques points saillants des 16 recommandations formulées par la TRNEE.

- Les codes et les normes nationaux d'ingénierie et de construction doivent être revus et modifiés pour tenir compte des risques découlant du changement climatique.

- Le gouvernement du Canada doit rajuster les moyens de financement pour le développement et la restauration des infrastructures, afin qu'ils deviennent des incitations à intégrer le risque de dommage causé par le changement climatique aux décisions en matière d'infrastructure.

- Les gouvernements et l'industrie de l'assurance doivent travailler ensemble pour que les produits d'assurance encouragent les modifications abordables à l'infrastructure pour tenir compte des risques liés au climat.

- Tous les ordres de gouvernements doivent collaborer avec les experts du Nord à élaborer les meilleures lignes directrices possible en matière d'aménagement et d'ingénierie pour le Nord.

- Le gouvernement du Canada doit investir dans la mise à jour et la transmission des données plus complètes sur le climat, les projections liées au changement climatique, et les informations en ce qui a trait à l'aménagement des infrastructures.

- Le gouvernement du Canada a besoin de diffuser l'expertise et l'expérience du Nord canadien dans la lutte contre les risques climatiques à l'infrastructure avec d'autres nations polaires dans le cadre de la Stratégie pour le Nord du Canada

Note de l'Editeur :
Il ne s'agit pas ici de prendre parti pour ou contre les prévisions parfois alarmistes et controversée d'organismes comme le GIEC .
Il s'agit de présenter des conséquences géo-politiques et géo-stratégiques dans l'hypothése d'un tel réchauffement . Le viel adage " prévoir , c'est gouverner " étant plus que jamais d'actualité .
Outre les éttas riverains de l'arctique , la planification climatique et ses conséquences sur la sécurité ( compétition  accrue pour les ressources , migrations - N'annonce t'on pas des " guerres du climat " [ 7 ] ) doit desormais être prise en compte par tous les chefs politiques et militaires

Documents :
[ 4 ]
Franc-Nord : Adaptation de l'infrastructure du Nord Canadien au changement climatique .
[ 5 ] Le Canada publie sa stratégie pour le Grand Nord : Notre Nord , notre patrimoine , notre avenir .
[ 10 ] Stratégie de défense Le Canada d’abord
" Les régions arctiques du Canada sont touchées par des changements climatiques qui transforment l’environnement, facilitant la navigation maritime et favorisant ainsi l’activité économique. La calotte polaire rétrécit, offrant de nouvelles possibilités de transport, de tourisme et d’exploration des ressources. L’ouverture de nouvelles voies navigables est considérée, notamment l’ouverture du passage du Nord- Ouest. Bien que cette situation promette d’être très lucrative pour le Canada, elle est également porteuse de nouveaux problèmes sur d’autres fronts. Elle pourrait aussi ouvrir la voie à l’augmentation d’activités illégales lourdes de conséquences pour la souveraineté et la sécurité du Canada et pouvant entraîner la nécessité d’obtenir de nouveau le soutien des militaires.

Le gouvernement s'est engagé à s'assurer que le Canada possède les outils dont il a besoin afin de faire face à la grande variété de menaces et de défis posés aux Canadiens. La Stratégie de défense Le Canada d'abord représente une étape majeure en ce sens en offrant aux Forces canadiennes les capacités dont elles ont besoin afin de mener leurs opérations à bien aujourd'hui et demain dans un environnement incertain."


Liens :
[ 3 ]L'infrastructure du Nord n'est pas prête pour le changement climatique, conclut la TRNEE - Depêche Marketwire du 26 novembre 2009 .
[ 9 ]  Canada's Government Awards Contract for Arctic Infrastructure Project - Depêche de Marketwire du 26 novembre 2009 .

Autres sites :
[ 7 ] Les guerres du climat sur EGEA

Articles associés :
[ 1 ]
L'Arctique Russe menacé par le réchauffement climatique
[ 2 ] Qaannaq s'enfonce à cause du réchauffement global et meurt de faim à cause de l'UE !
[ 6 ] L'US Navy va créer une " Task-Force arctique "tandis que la militarisation de l'arctique se poursuit
[ 8 ] Le pont sur le fleuve Iouribéï - Les nouvelles infrastructures de l'arctique Russe doivent s'adapter au réchauffement climatique .




Par DanielB - Publié dans : Geopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 2 décembre 2009 3 02 12 2009 14:26


Une interview publiée par le site " Le Courrier de Russie "

Aymeric Chauprade enseigne la géopolitique depuis 10 ans au Collège interarmées de défense. Il est l’auteur du grand traité Géopolitique : Constantes et changements dans l'histoire, devenu rapidement un manuel de référence. Son récent atlas de géopolitique mondial Chronique du choc des civilisations, en revanche, a déclenché une polémique qui s’est soldée par sa mise à pied, exigée par le ministre de la Défense.

 

Il se trouve que Chauprade défend et incarne une approche scientifique de la discipline qui prend en compte le « facteur culturel », et donc la représentation que les peuples se font d’eux-mêmes et des autres dans l’histoire. A ce titre, il a consacré au 11 Septembre un chapitre dans lequel il a entrepris de « montrer que le choc des civilisations, c'est d'abord le fait qu'une immense partie de l'humanité, en dehors du monde occidental, ne croit pas à la version officielle de cet événement donnée par le gouvernement américain et qui est devenue la version obligatoire des médias occidentaux. » Mais la distanciation scientifique n’est pas de mise sur tous les sujets.

 

Le Courrier de Russie : Dans l’entretien sur la Russie que vous avez accordé récemment à la NRH*, vous proposez une interprétation dans laquelle la stratégie de Poutine – et de Medvedev aujourd'hui – est aussi claire que déterminée. Sa politique en matière d’énergie n’est pas seulement « économique », elle est au centre d’un plan stratégique très précis. Dans le même entretien, vous dites aussi qu’il s’agit d’une réaction de la Russie à un certain sentiment d’encerclement, à une politique américaine qui détermine finalement la donne a priori, les acteurs les plus faibles se défendant avec les moyens dont ils disposent.

Aymeric Chauprade : Ce n’est pas en opposition, bien au contraire. La Russie se vivait comme assiégée par la géopolitique américaine avant l’arrivée de Poutine, et elle l’était. Les Etats-Unis et leurs alliés progressaient à la périphérie, dans l’Etranger proche de la Russie. Celle-ci s’est dit qu’elle devait retrouver son statut contesté de puissance régionale, et même de puissance internationale. Or elle n’avait qu’un atout sur la scène internationale : les ressources énergétiques. C’est le levier principal qui a été trouvé. En géopoliticien, je considère que les Etats ont une économie qui fait partie de leur puissance et je regarde le moment où l’économie rentre dans leur stratégie de puissance. C’est typiquement ce qui se passe aujourd'hui en Russie avec le secteur de l’énergie.

L’autre volet est indissociable de cette stratégie : il s’agit de savoir comment repousser l’avancée américaine avec les Révolutions colorées, par lesquelles les Etats-Unis entreprennent de faire basculer les uns après les autres les républiques de l’ex-Union soviétique dans l’OTAN et le camp américain, et d’étendre le bloc transatlantique jusqu’aux frontières de la Russie et de la Chine.

 

LCDR : Que peut-on dire, de ce point de vue, du cas des Etats-Unis avec leur système financier, dans un contexte de crise mondiale ?

A.C. : Les Etats-Unis disposent aujourd'hui de deux armes pour déstabiliser les puissances émergentes : leur présence militaire dans le monde, et la finance, qui n’est pas inodore et neutre. Je pense que les crises ne sont pas le reflet de la maladie générale d’un système ou de la surproduction de produits dérivés. Ces maux existent, mais des stratégies de déstabilisation, notamment de la Russie et de la Chine, s’immiscent dans la finance et l’orientent, faisant d’elle une arme au service du projet américain.

 

LCDR : Que voulez-vous dire quand, à propos des Etats-Unis et de la Russie, vous opposez unipolarité et multipolarité ? On comprend la notion de pluralité de centres de décision stratégiques, de rapports de puissance dans le contrôle des ressources énergétiques, etc. Mais on peut aussi se demander si la multipolarité ne doit pas supposer l’existence d’une pluralité de types d’organisations sociales. La Russie est-elle vraiment un modèle alternatif par rapport aux Etats-Unis ?

A.C. : Il faut revenir aux mots : pôle unique ou plusieurs pôles. L’unipolarité, c’est le modèle et le projet américains depuis les Pères fondateurs du Mayflower. C’est un projet messianique dans le sens où il vise à transformer le monde à l’image de la nation américaine. Celle-ci se vit comme une société aboutie, idéale, de libertés fondamentales. Si cette nation cherche à optimiser sa richesse sur le plan international, c’est pour des raisons liées au protestantisme et à l’idée de la réussite temporelle, matérielle, comme attestation de l’élection divine.

La multipolarité, c’est une autre vision du monde, d’un monde fait de nations et de civilisations différentes, et qui ont le droit de défendre leur spécificité. Ceux qui croient à cette forme d’organisation du monde pensent qu’il y aura moins de conflits si les pôles de puissance s’équilibrent entre eux, alors que la suprématie d’une puissance sur les autres créerait une instabilité permanente.

En fait, il ne faut pas considérer les Etats-Unis comme une nation au sens classique. C’est un acteur étatique, mais aussi un réseau de réseaux, un acteur trans-étatique. Le sociologue américain Lipset écrivait : « l’Amérique n’est pas seulement une nation, c’est une idéologie ». Les Chinois ne disposent pas de ces réseaux, et les Russes ne les ont plus depuis l’effondrement de l’URSS. La Russie est redevenue un Etat-nation classique, sans idéologie exportable. L’unipolarité et la multipolarité, ce sont donc aussi deux réalités à des moments différents. Le monde de 1990, avec l’effondrement de l’URSS et l’extension de l’OMC, avait l’air de tendre vers la première. Aujourd'hui, on revient à une réalité multipolaire, avec la Chine et la Russie. Et dans ce basculement, j’insiste sur le rôle de Poutine et je dis que son arrivée est un événement aussi important pour les relations internationales que le 11 Septembre. Il a pensé la puissance de la Russie par le biais de la stratégie énergétique, avec pour objectif une reprise de contrôle des ressources, une reconquête sur un certain nombre d’oligarques, pour les mettre au service de la reconstruction de la puissance russe, avec des leviers comme Rosneft pour le pétrole et Gazprom pour le gaz.

 

LCDR : C’est ce que vous expliquez dans l’entretien auquel nous avons déjà fait référence. Pourriez-vous nous en donner un exemple ?

A.C. : Oui, le démantèlement de Youkos suit un plan de reconstruction méthodique : reprendre physiquement la main sur les ressources, avec les deux grands opérateurs, puis faire en sorte qu’ils exportent dans des directions multiples s’équilibrant entre elles. Tout ne doit pas aller vers les Etats-Unis, contrairement à ce que pensait Khodorkovski. La Russie doit devenir indispensable pour les Européens, mais aussi pour les Asiatiques. C’est pourquoi le gaz est aujourd'hui redirigé en partie vers l’Asie.

 

LCDR : Beaucoup de gens, en Russie même, doutent de la viabilité de cette politique énergétique sur le long terme et critiquent la focalisation actuelle de tous les moyens disponibles sur un seul secteur. On revient ici à l’économie, la réussite économique n’étant plus alors l’attestation matérielle de la réalisation d’un projet hégémonique, mais le simple substrat sur lequel on peut asseoir une puissance.

A.C. : Les profils des pays sont très différents. La Russie, c’est un peu plus de 7% des réserves prouvées de pétrole, et plus du tiers des réserves prouvées de gaz. C’est un réservoir pour longtemps et c’est un pays qui a du charbon comme les Etats-Unis et la Chine. Il y a probablement encore un gros potentiel pétrolier, car c’est un pays qui a été peu sondé, contrairement à l’Arabie saoudite. C’est un facteur dont l’importance saute aux yeux : si on met le paquet sur ce secteur, on retrouve une utilité très forte dans le monde et on dégage de la richesse. Je ne suis pas sûr que ceux qui pourfendent le choix du tout énergétique aient raison. C’est seulement la première étape d’une stratégie de redressement politique.

 

LCDR : Un second problème se pose, celui des fluctuations du prix du pétrole dont la Russie est chroniquement tributaire. A-t-elle aujourd'hui les moyens d’opérer un contrôle quelconque sur le marché du pétrole ?

A.C. : Les Américains ont en tout cas de moins en moins les moyens de donner le ton sur ce marché. Il y a aujourd'hui un axe de contrepoids au pétrole américain et à ses alliés, Arabie saoudite en tête, qui s’est constitué : Venezuela, Kazakhstan, Iran, Russie. L’Iran détient la 2e réserve mondiale de gaz, et de pétrole. L’Iran, la Russie et le Venezuela sont d’accord pour ne plus vendre le pétrole en dollars et donc pour affaiblir le statut du dollar comme devise internationale. Cette logique selon laquelle le pétrole devrait être vendu dans des devises différentes (le rouble, le yuan, etc.) est portée par un nombre croissant de pays. On touche là au coeur de la puissance américaine : la centralité du dollar comme devise internationale, que les Etats-Unis ont maintenue grâce à l’invention du pétrodollar. Il me semble que l’on est là encore dans la multipolarité, en l’occurrence c’est la multipolarité monétaire qui est à l’ordre du jour. Depuis 2006, il s’est passé des tas de choses. Il ne s’agit pas seulement de la bourse de Kish créée par l’Iran pour vendre des produits énergétiques dans toutes les devises sauf en dollars. Il y a eu, en 2007 et 2008, tout un cycle de réunions entre différents pays, qui se sont accordés, y compris les pays de l’OPEP à l’exception de l’Arabie saoudite, sur cette idée de multipolarité monétaire.

 

LCDR : S’agissant d’évaluer les chances de réalisation de cette stratégie russe, on peut s’interroger sur les risques de chute dans un modèle d’économie de rente du type du Venezuela.

A.C. : Je trouve qu’il y a, par exemple, une grande différence entre la Russie et l’Iran, qui se concentre à 100% sur la rente pétrolière et gazière, sans autre vision que l’énergie pour durer. La preuve, c’est que les Iraniens veulent développer le nucléaire pour fabriquer leur électricité et pouvoir réserver le pétrole exclusivement à l’exportation. En Russie, il y a un véritable Etat capable d’insuffler une stratégie, et je crois que les interdépendances énergétiques vont déboucher sur d’autres natures de flux économiques. Quand un canal existe et qu’un premier produit passe, d’autres peuvent passer par la même voie, comme l’histoire le montre.

 

LCDR : Revenons pour fi nir à la question du modèle économique, c’est-à-dire aussi social. La multipolarité peut-elle être définie autrement que par son opposition à l’unipolarité ?

A.C. : Dans la multipolarité, chaque pays invente son propre rapport entre l’économie et l’Etat. Les Occidentaux s’offusquent souvent de certains types d’intervention de l’Etat dans des pays qu’ils souhaitent pénétrer. Or, il faut accepter ce qui relève à mes yeux d’une différence culturelle, et en particulier le fait que l’Etat a un rôle plus fort à jouer dans certains Etats que dans d’autres. Le rapport de la Chine à la propriété individuelle n’est pas du tout le même que dans le monde occidental. Il faut savoir, si on investit en Chine, que la propriété est fragile. A tout moment, l’Etat peut annuler une propriété privée s’il estime que le bien commun de l’empire l’exige.

C’est le problème de la pensée libérale : elle postule que tout doit fonctionner de la même façon partout. Or, il y aura de plus en plus d’interdépendances, mais entre des systèmes politico-économiques différents. La mondialisation bien ordonnée, c’est d’abord accepter le fait que la place de l’Etat en Chine et en Russie n’est pas la même que dans le monde occidental. Le principe de base, c’est le respect de la différence entre les modèles politiques, économiques et sociaux des nations.

 

Propos recueillis par Simon Roblin

simon.roblin@lcdr.ru

 

* « La géopolitique de la Russie », in La Nouvelle Revue d’Histoire, n° 38, sept.-oct. 2008.

Note de l'Editeur :

 

Je ne peux que souscrire à la démarche de M.Aymeric Chauprade de prendre  la représentation que les peuples se font d’eux-mêmes et des autres dans l’histoire.
C'est que le géopoliticien Karl Haushofer qualifiait de " prisme déformant de nos fantasmes " en parlant de la vision " occidentale " du Japon des années 20-30 .
Cela fait l'objet de la rubrique " Kulturkampf  " de ce blogue .
Demain sur RTR Planeta le premier ministre Vladimir Poutine répondra aux questions des auditeurs et des internautes . Deja 700 000 questions ont été posées .

Par DanielB - Publié dans : Geopolitique - Communauté : Relations Internationales
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 24 novembre 2009 2 24 11 2009 21:44
Malgres la crise , la reconstruction des infrastructures continue en Russie . A un rythme plus élevé même .
Serguei Ivanov vient d'annoncer que la première " Magistral " routière reliant l'Ouest de la Russie à son Extrême-Orient sera terminée en 2010 .[ 1 ]
" Nous prevoyons de bâtir 6000 kms de routes féderales l'année prochaine . La construction de la portion Tchita-Khabarovsk a commencé en 1967 par décision du Comité Central du PCUS . Cette route d'une longueur de 2000 km sera achevée l'année prochaine . POUR LA PREMIERE FOIS DANS L'HISTOIRE DE L'EMPIRE RUSSE , DE L'URSS , DE LA RUSSIE CONTEMPORAINE NOUS AURONS UNE ROUTE QUI S'ETENDRA DEPUIS L'OUEST JUSQU' A L'EST ! "

Le vice premier ministre a aussi ajouté que cette année 17 ponts et un pont supplémentaire sur la rivière Okha seront receptionnés cette année .

" La construction de la plupart de ces ponts a commencé sous l'ére Soviètique puis a été abandonnée dans les années 90 . Le président Vladimir Poutine a pris la décision politique [ géopolitique ! -  NDLR ] de les terminer en 2004 et leur financement a commencé en 2005 . Ce sont des ponts immenses , le dernier sera receptionné la semaine prochaine dans la région d'Oulianovsk . Ce pont , de 24 km de long , est en construction depuis 1987 .Il y a eu un arrêt de 10 ans dans le projet "

Le vice premier-ministre a annoncé que desormais les ponts en Russie seront construits dans un delai de 18-24 mois .
" Une construction plus rapide réduira les couts . Ce n'est pas rentable de faire durer les projets . Nousavons l'intention de receptionner 6000 m d'ouvrages d'art l'année prochaine sur les routes fédérales . Le pont sur l'île Rousskyi sera le plus long pont suspendu du monde et le pont d'Oulianovsk sera le plus long d'Europe .
Ce n'est pas par ce que la Russie cherche à battre des records mais c'est uniquement le pays qui est immense et les rivières larges "


La Russie débloquera plus de 300 milliards de roubles (7 mds EUR) pour le développement du réseau routier en 2010, a déclaré samedi à Saint-Pétersbourg le premier ministre russe Vladimir Poutine.

"En 2010, nous débloquerons 324 milliards de roubles (7,5 milliards d'euros), compte tenu les crédits budgétaires,  pour la construction d'autoroutes", a précisé M.Poutine lors du XIe congrès du parti au pouvoir Russie unie.

Le premier ministre a ajouté que les crédits budgétaires pour la construction de routes régionales avaient augmenté de 25 milliards de roubles (583 millions d'euros) pour atteindre le chiffre de 50 milliards de roubles (1,165 milliard d'euros).[ 3 ]
A long terme , à la fin du programme de modernisations des infrastructures à l'echéance 2030 , La Russie attribuera 4,8% de son PIB au développement des infrastructures de transport .  [ 4 ]

Note de l'Editeur :
Chacun comprendra le classement dans la rubrique " Geopolitique " .
Ah ! Si Michel Strogoff le courrier du Tsar avait pu disposer de toutes ces infrastructures pour ralier Irkoutsk .

Liens :
[ 1 ]
First ever road connecting Russia’s west to east to be ready in 2010 – Ivanov - Depêche d' Itar-Tass du 22 novembre 2009 .
[ 2 ]
La Transsibérienne - page Wikipedia
[ 3 ]
Russie: plus de 7 mds d'euros pour le réseau routier en 2010 (Poutine) - Depêche de Ria Novosti du 21 novembre 2009 .
[ 4 ]
4,8% du PIB russe attribué au développement des infrastructures de transport (Poutine) - Depêche Ria Novosti du 13 novembre 2007 .

Articles associés
[ 5 ]"
Le pont sur le fleuve Iouribeï " : Le plus grand pont au delà du cercle polaire inauguré dans la péninsule du Yamal .


Par DanielB - Publié dans : Geopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Présentation

  • : ICE STATION ZEBRA
  • zebrastationpolaire
  • : Actualité economie pêche energie defense Actualité
  • : Blog sur la géopolitique de l'Arctique . Il traite de l'actualité politique , economique , socio-culturelle , historique et militaire de la région et présente des analyses " non conformistes " .Il ne pretend pas à l' " objectivité " mais presente un point de vue alternatif et Russophile , en opposition avec les pretendues " analyses " syndiquées des " mediats libres " des " democrassies occidentales "
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés