Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : ICE STATION ZEBRA
  • ICE STATION ZEBRA
  • : Blog initialement consacré à la géopolitique de l'Arctique . Il traite désormais de l'actualité politique , economique , socio-culturelle , historique et militaire et présente des analyses " non conformistes " .Il ne pretend pas à l' " objectivité " mais presente un point de vue alternatif , en opposition avec les pretendues " analyses " syndiquées des " mediats libres " des " democrassies occidentales "
  • Contact

Recherche

2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 13:44

Derrière le discours drouâdelômiste et lachrymo-humaniste[ lien ] et [ lien ]  se cachent  toujours des intérets obscurs liès à la géopolitique des ressources , à la géostratégie . Ceux-ci sont bien sûr occultés au grand public , expression péjorative par laquelle la classe dominante désigne le  popolo minuto  qui doit gober sa dose quotidienne de désinformation et auquel on demande en plus d'adhérer .

 

J'avais déja évoqué sur ce blogue le rôle géostratégique de la Libye avec le Fezzan , corridor d'accés à la région Sahel et et même au golfe de Guinée et à l'Océan Indien . [ lien vers article ] [ voir dernière carte ] La futur ingérence Occidentale , et plus particulièremment l'interventionisme colonial de la pègre armée  Française  [ lien ] , au Mali ne fera que compléter le puzzle qui permettera de comprendre l'agression de 2011.  [ lien ]

Tout comme la région Sahara-Sahel est l'objectif final de l'agression de 2011 et la Libye une voie d'accés[ lien ] , la Syrie n'est pas sui generis l'objectif : C'est la route vers l' Iran !

Le schéma est le même que celui qui a amené à organiser la destruction de l' Ex-Yougoslavie au nom du développement des corridors multimodaux Européens .

 

Les " Annales de géographie  "de l'année 1925 [ lien vers le site Persée.fr ] nous fournissent une des clefs , sinon LA clef ,  de l'interventionisme Occidental contre le gouvernement du président Bachar Al-Hassad : "  La route du désert de Syrie " . Une route d'ailleurs reconnue des 1886 par le comte de Perthuis [ promo Ecole Navale 1837 ] qui sous couvert de *voyages*  agissait pour le gouvernement Français et ses visées impérialistes dans la région .

 

La conclusion de l'article est sans appel .

 

"  On voit ainsi tout l'intêret que présente la route du désert pour la Syrie sous mandat Français . Par elle , Beyrouth redevient la porte de l'Orient et particuliérement de la Perse , le passage entre l'Europe et l'Asie . La Syrie reprend , avec cette heureuse utilisation de l'automobile à travers le désert pacifié , le rôle qu'elle a toujours eu dans l'histoire " .

 

 

Elle met d'autre part fin à une idée préconçue , à savoir que la route " naturelle " d'évacuation des hydrocarbures des états riverains du Golfe Persique et de la péninsule Arabique , et de l'accés à cette région , est la route maritime ! [ lien vers article ]  

L'existence temporaire de l'oléoduc Mossoul-Haïfa entre 1932 et 1948 est ainsi en effet aujourd'hui quasi totalement oblitérée des " analyses" ™ des géopolitologues™ stipendiés du sérail .

Il faut , comme votre serviteur , être un lecteur assidu du Crapouillot , de Paris-Soir , de L'Oeuvre , de Francis Delaisi , d' Anton-Antoine Zischka , de Robert Boucard , de Leonard Mosley ,  de Gilles Munier [ lien ] et voir même d' Hergé [ lien ] pour connaître son nom ! 

 Notons que celui-ci aurait fort bien pu se nommer l'oléoduc Mossoul-Lattaquiè ou Mossoul- Beyrouth , voir Mossoul-Tartous si les chefs politiques Français avaient accordé encore plus de concessions ( !  ) aux Britanniques lors de la conférence de San-Remo !.. [ lien ] et [ lien ] *

La simple lecture d'une carte nous montre que le tracé de l'oléoduc Mossoul-Haïfa fut planifié à l'aune des zones d'influence et non pas de la géographie ou de la rationalité économique [ voir carte en hébreu ]

A l'occasion , la vie de quelques dizaines de méharistes " attaqués par des bandits Kurdes " lors de patrouilles dans la région de Mossoul à partir de leur base de Palmyre  aurait pu être préservée ...[ lien ] Ce fut le prix du sang payé par la France pour n'avoir pas cédé sur le champ aux injonctions de Londres !

null 

 

  null

 

  * http://www.usak.org.tr/dosyalar/dergi/GDFiXn5khkA6rzYZZJkvIJ4kozf3Is.pdf

Under the British colonial rule, the production of oil for commercial purposes began in Kirkuk in 1927. It was necessary to transport the oil from the producing region to the consuming markets, for which several modes of transportation were available: via oil tankers by sea; or via a pipeline or oil-loaded trucks or trains by land. The latter option allowed crude oil to be carried to the ships and

transported to the final consumption points. In order to carry the Iraqi crude oil to the Mediterranean, British colonial rulers decided to construct a pipeline from Kirkuk, Iraq, to the port of Haifa, in Palestine, running through Jordan. Both Kirkuk and Haifa were under British colonial rule at that time. The French, however, had the intention of connecting the Kirkuk fields to Tripoli, through Syria, which was under French mandate at that time.

 

  null

 

 

 

 

 

null

 

 

 

 

 

null

null

Figure 9 : Les États du Levant en 1925.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article
15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 00:54

Un nouvel article de nezavissimaïa gazeta sur le refroidissement des relations Russo-Turques que j'avais analysé sur ce blogue il y a quelques jours . [ lien vers article ]

 Российско-турецкое охлаждение
Подробнее - : http://www.ng.ru/courier/2012-11-12/9_rus_turk.html

  Je n'ai pas la primeur de cette thèse . Voici un des articles fondateurs datant d'avril 2012 : RUSSO-TURKISH DIVERGENCE (PART I): THE SECURITY DIMENSION

http://www.gloria-center.org/2012/04/russo-turkish-divergence-part-i-the-security-dimension/

 

 

 En vidéos , deux chants  [ lien vers paroles ] et [ lien vers paroles ] sur la guerre Russo-Turque de 1877-1878 que les lois en vigueur en France m'interdisent de traduire ainsi que l'histoire des relations Russo-Turques en images de synthèse . Au XVIII éme siècle il était déja question de Tatars , mais de ceux de Crimée . Les guerres Russo-Turques commencent avec un incident de frontière , à l'image de l'incident du " Pont de Marco-Polo " , et vont permettre à l'Empire Russe de se doter de frontières naturelles : Les rivages de la Mer Noire .

To Erdogan , with love ...

Quelques photos des boîtes de figurines Strelets et Zvezda pour les amateurs de dioramas ! On y trouve même les Bachi-Bouzouks !

  

 

 

 

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article
10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 21:40

Le 29 octobre dernier , grâce à l'extrême dévouement des membres d' Egalité & Réconciliation Aquitaine , le géopolitologue Alexandre Douguine  a été invité en France pour présenter son livre " La Quatrième  théorie politique " .[ lien vers article ]  

A cette occasion j'ai pu discuter avec Alexandre Douguine de la situation géopolitique internationale : La Russie est bien à l'extrémité d'une chaîne de dominos qui commence par la Syrie , l' Iran , puis le Daghestan et le Tatarstan .

Pour le professeur Douguine , la véritable attaque contre la Russie commencera non pas au Tatarstan [ lien vers article ] mais bien au Daghestan ou une politique d' " asssasinats ciblés " des chefs religieux traditionnalistes est mise en oeuvre . [ lien ]

Il considére ainsi que par rapport aux années 90  , les services de renseignements Turcs ont perdu une partie de leur capacités opérationelles et de leur " savoir faire " en ce qui concerne le Tatarstan . [ lien vers article ]  

 J'ai pu aussi à cette occasion valider - ou invalider - certaines des sources que je cite sur la Russie : Alexandre Douguine a ainsi plebiscité l' Institut Russe d' Etudes Stratégiques - RISI - Российский институт стратегических исследований  . http://www.riss.ru/

 

 

L'interview réalisée par les membres d' E&R -Aquitaine :

http://www.egaliteetreconciliation.fr/Entretien-avec-Alexandre-Douguine-sur-la-4eme-theorie-politique-14793.html

 

L'analyse du livre par Claude Bourrinet : http://www.voxnr.com/cc/dh_autres/EFVkpupkFlFvJTsxDL.shtml

 

Quand à moi , je vais désormais essayer de ne pas manger ma promesse : Retrouver les articles d'  Ebenezer Kotto Essomé publiés en 1978 dans " Science & Vie " : L' Afrique et l'Identité perdue ! Car on  a aussi parlé de " ça " !

Enfin , un morceau de Bossa Nova qu'Alexandre Douguine apprécie beaucoup avec la  MPB ! Le Brésil est d'ailleurs pour le géopolitologue Russe un " pays frère " culturellement et géopolitiquement . Vous comprendrez que je partage son analyse .[ lien vers article ]  

 

  Alexandre DOUGUINE ; LA QUARIEME THEORIE POLITIQUE ; La Russie et les idées politiques du XXIème siècle. Pour recevoir le livre, s'adresser aux Editions Ars magna, BP 60426, 44004 Nantes cedex 1, en accompagnant cette demande d'un chèque de 32€ franco

 

 

Docudip 1052

 

 

 

 

 

 

numérisation0001-copie-1

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 22:29

 La Russie a demandé mercredi l'autorisation de déployer deux avions de reconnaissance Il-38 sur la base militaire Française de Djibouti afin de lutter contre la piraterie en mer Rouge et dans l'océan Indien, a déclaré mercredi à Paris le ministre Russe de la Défense Anatoli Serdioukov.

  "Nous avons demandé à la partie Française l'autorisation de déployer sur la base de Djibouti deux avions de reconnaissance pour lutter contre la piraterie maritime", a déclaré lors d'une conférence de presse M.Serdioukov, en visite en France pour une réunion du Conseil de coopération Franco-Russe sur les questions de sécurité réunissant les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays.

 

Trois appareils Français y étant déjà déployés, la Russie souhaite porter à cinq les avions de reconnaissance déployés dans la région, a expliqué le ministre. [ source Ria Novosti ] .

 

 Il est difficile d'interpréter cette demande du ministre Serdioukov dans un contexte de relations Franco-Russes particulièrement dégradées  sur la question Syrienne et même d'affrontement géopolitique et géostratégique  Franco-Russe dans le bassin Mediterranéen et aussi le Golfe Persique . Les articles rassurants de Kommersant [ lien ] ou de Rossiskaya Gazeta [ lien ]  sur l' " excellence " des relations Franco-Russes ne peuvent pas occulter cette triste réalité et il faut bien se reporter à une agence Chinoise pour y accéder ![ lien ]  

 

 L'une des interprétations possible et plausible , au delà de la " lutte contre la piraterie " , serait que cette demande constitue un piège des chefs politiques Russes destinée à " compromettre " la France dans une coopération militaire avec la Russie alors que les deux états s'affrontent quasi-militairement  par " proxys " interposés en Syrie .

De la même manière , cette présence aérienne donnerait des capacités de surveillance aérienne sur les approches du Golfe à une puissance non-occidentale [ France , EU , Japon ] et en particulier à la Russie dans un contexte de crise avec l' Iran . Il faut ici signaler que si les agences comme Ria Novosti illustrent la nouvelle avec une photo d'un avion de PATMAR et de lutte ASM Iliouchine Il-38 , d'autres agences tout aussi sérieuses n'hésitent pas à fournir en illustration un ... bombardier stratégique Tu-160 !

  

   Cette demande intervient aussi dans un contexte général d'affrontement France - BRIC , ici Franco-Russe , en Afrique . Les deux derniers fronts de cet affrontement ayant été la Côte d' Ivoire [ lien ] , [ lien ] et la Libye et la France jouant le rôle de " sous-impérialisme " [ lien ]  pour l' Impérialisme Etasunien dans cette région du monde .

 On peut ainsi noter que cette demande Russe survient alors que la Russie  a annulé 20 milliards de dollars de dette de pays Africains [ lien ] ,dont Djibouti , et que des contrats d'armement sont en discussion entre la Russie et Djibouti depuis un an .[ lien ]

Le Blogfinance ne s'est d'ailleurs pas trompé sur le sens profond de cette annulation de la dette Africaine .[ lien ] , [ lien ] , [ lien ] Les perspectives de coopération Franco-Russe en Afrique sont donc bien des chimères et il semble d'ailleurs que l'espace Francophone Africain soit un " terrain de chasse " privilégié de la Russie en Afrique ![ lien ]  

 

null

 

Il sera donc très intéressant de surveiller les attermoiments de la diplomatie Française et des chefs militaires Français sur ce dossier et in fine leur acceptation ou rejet de la demande Russe . Il sera en effet assez cocasse de voir si la France est prête à accorder un " pied à terre " à la Russie dans cette région hautement stratégique sans susciter des remarques et des critiques de ses alliés , par exemple de l' OTAN !

Un refus Français serait  particulièrement difficile à argumenter * sachant qu'il est fort probable que les chefs politiques Russes ont déja demandé l'autorisation préalable à ce déploiement de moyens aériens aux chefs politiques Djiboutiens , et ceci sans demander le blanc-seing de l'ancienne puissance coloniale  , dans le cadre des relations bilatérales entre ces deux pays [ lien ] et plus particulièrement dans le cadre de leur coopération militaire . [ lien ] 



Stratégiquement  la demande Russe peut s'interpréter comme la necessité de disposer d'un " stationnement aérien " sur l' axe Mer Noire - Océan Indien et elle renvoie à une tentative Russe d'implantation d'un " stationnement naval " sur le même axe au ... XIX éme siècle .

Déja à l'époque la France et la Russie , au delà des clichés réducteurs et des images d' Epinal sur " L'Alliance Franco-Russe "™  , furent sur le point de s'affronter militairement en 1889 à propos  ce qui fut nommé " l'affaire de Sagallo " - Сагалло .

Le site stratisc.org a consacré une page érudite , mais partiale puisqu'elle fait l'impasse du meurtre de trois civils Russes ( une femme et deux enfants  et non pas de Cosaques " armés " )  dans un bombardement de la Marine Nationale , à cet événement des relations Franco-Russes .[ lien vers article sur le site de stratisc.org ] et [ lien - voir année 1889 ]  . Une analyse , en Anglais , des considérations stratégiques et géopolitiques de l'époque - non dépourvue d'intérêts pour la période contemporaine - est donnée sur ce lien . [ lien ] Je n' y reviendrais donc pas sauf pour signaler les points suivants :

 

  1- La presse Française de l'époque se distinguait peu des mediats  Français contemporains  dans son traitement de la Russie et des chefs politiques Russes . l'Ataman Achinoff  était ainsi présenté comme un " chef de bande " . [ voir photo ci-dessous ] Deux journaux proches de la " Droite Nationale " Boulangiste et Déroulédienne ont toutefois ouvert une souscription pour les familles des victimes . File:Achinoff article.jpg

 Il-38null

2- La seule partie de la classe politique Française à condamner le bombardement meurtrier par la Marine Nationale du stationnement Russe de Sagallo fut ce que l'on nomme aujourd'hui la " Droite Nationale "  et qui était représentée à l'époque par les Boulangistes [ lien ] , [ lien ] et la Ligue des Patriotes de Paul Déroulède .L'appui de la Ligue des Patriotes aux Cosaques Russes de la corne de l'Afrique servira même de pretexte aux chefs politiques Socialistes et Radicaux Français pour prendre des mesures répressives particulièrement *  démocratiques * contre les " nationaux " .[ lien ]

Toute ressemblance avec la situation politique actuelle en France est loin d'être fortuite ! [ lien ]  et [ lien ]   Fichier:Paul Deroulede 1877.jpg

  

 

   null

 



 

 1967: le dernier duel. dans coups de coeur pj73518121904



 

   Mise à jour du 1er novembre 2012 23h00 GMT :

Il semble que la proposition Russe a reçu le soutien du MD Français Le Drian . Jusqu' à quand ?

http://ria.ru/world/20121101/908496397.html

http://volgograd.kp.ru/online/news/1285753/

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article
26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 02:55

" De nouveau Petersbourg et Stamboul sont sur le chemin de la guerre ! "

C'est le refrain de la bande musicale Идём на Восток  du film " Le Gambit Turc " , tiré du roman éponyme de Boris Akounine , qui a marqué en 2005 le renouveau du cinéma national-patriotique Russe .

 

C'est aussi volens nolens l'évolution des relations Russo-Turques dont j'ai marqué à plusieurs reprises déja la dégradation constante depuis un an et demie sur ce blogue .

Tout comme la fin de la mission de l'USAID en Russie a marqué l'étiage des relations Russo-Etasuniennes au cours de ces dernières années , l'acte de piraterie aérienne - car c'en est un ! - de l'armée de l'air Turque contre l'AIRBUS Syrien  assurant le vol Moscou-Damas va marquer un étiage des relations Ruso-Turques , et pas uniquement sur le dossier Syrien .

 

Il faut d'ailleurs ici souligner dés le début que si depuis une vingtaine d'années les relations Russo-Turques se sont réchauffées  , ce rapprochement est une incongruité historique et géopolitique  à l'échelle des deux derniers siècles : L'antagonisme entre le monde Russo-Soviétique et le monde Otomano-Turc a été ainsi autrement plus belligène au cours de cette période que l'antagonisme Franco-Allemand et ce rapprochement Russo-Turc est loin d'atteindre le niveau et la nature des relations Franco-Allemandes : Il ne repose que sur des intérets économiques mutuels qui ne peuvent éclipser des ambitions stratégiques concurrentes , en particulier dans des régions comme le Caucase [ lien ] et désormais le Proche-Orient , ou combler des fossés civilisationnels séculaires ...

 Il est utile de rapeller comme le fait le général (2s) Jean-Bernard Pinatel dans Russie , Alliance vitale [ Lien que le monde Russo-Soviétique et le monde Ottomano-Turc ont été en guerre 60 ans sur une période de 4 siècles [ XVII éme - XX éme ] ce qui constitue un taux de conflictualité record - 15% - dans l'histoire Eurasienne et même mondiale  avec un pic au cours du XIX éme siècle .

Les dégradations des relations au sein de ce "  partenariat stratégique " sont telles que le récent changement de majorité parlementaire en Géorgie laisse envisager que Moscou puisse jouer la carte Géorgienne pour arrêter ce qui est décrit en Russie comme la " Marche Turque vers le Caucase " ! [ lien ]  

 

 

Les points de crispation - pour rester urbain et diplomate - se multiplient entre Moscou et Ankara et englobent une région qui s'étend de la Caspienne à la Mer Noire et de la Syrie à la région Volga-Oural . Cette dégradation accéléré des relations Russo-Turques ne semble d'ailleurs pas avoir été perçue par la communauté analytique Turque  dont la cécité n' a d'égale que la suffisance . Citons pour mémoire l'interview le 9 octobre 2012 du Dr. Mesut Hakkı Caşın , " expert de la Russie et de l'OTAN " , par la journaliste Fadime Özkan  , qui affirmait que " Pour la Russie , la Turquie est plus importante que la Syrie " , laissant croire à une dépendance sur la question de la " plomberie " gazière et pétrolière [ South-Stream et Samsun-Ceyhan ] de la Russie vis à vis de la Turquie .[ lien ] 

  Or des événements récents viennent de démontrer  tout le contraire ! [ lien ]

 

Quelles sont les élèments de cette dégradation des relations Russo-Turques ces derniers mois  ?

 

- Le 13 mai 2012 s'est déroulé à Istamboul une réunion intitulée - МЕЖДУНАРОДНАЯ КАВКАЗСКАЯ КОНФЕРЕНЦИЯ - ULUSLARARASI KAFKASYA KONFERANSI - International Conference of the Caucasus  . Le slogan y était on ne peu plus clair :  "Кавказ без России" - " Le Caucase sans la Russie ! " [ lien ]

Moscou a jugé inadmissible la tenue en Turquie de cette conférences antirusse , dont "  les participants constituent une menace directe pour l'intégrité territoriale de la Russie et ses habitants ", a déclaré le porte-parole de la diplomatie russe Alexandre Loukachevitch lors d'un point de presse . A cette occasion le chargé d'affaires de l'ambassade de Turquie à Moscou  a été convoqué au MAE Russe tout comme il a été convoqué lors de l'acte de piraterie Ottoman contre l'AIRBUS Syrien .  [ lien ]  , [ lien ] et[ lien ]

 

-  En visite officielle en Azerbaïdjan, le 12 septembre, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s’est rendu sur le site hautement sensible de Gabala, abritant une station militaire de radar héritée de l’époque soviétique, et que Moscou a proposé un temps d'intégrer à un projet commun de DAMB avec l' OTAN .  Il y a rencontré le président Azéri Ilham Aliev. Le conflit du Haut Karabagh aurait été au coeur des discussions, le président Aliev remerciant M.Erdogan pour le soutien indéfectible de la Turquie sur ce dossier . Cette visite a provoqué une forte " irritation " en Russie  - qui soutient l'Arménie sur le dossier du Haut Karabagh -  qui si elle ne s'est pas manifestée diplomatiquement a parfaitement été perçue par la communauté analytique ! [ lien ] 

 

- Le 8 octobre dernier , les séparatistes Islamistes Tatars du mouvement " Azatlyk"[ lien vers article ] ont organisé une manifestation devant le consulat général de Turquie à Kazan - Tatarstan - demandant " une reconnaissance du génocide Tatar à la grande nation frère et démocratique Turque , membre de l'OTAN " . Un membre du consulat Turc est descendu à la rencontre des manifestants et a discuté avec eux puis a pris des photos .

Les manifestants ont demandé au représentant Turc d' " exercer des pressions sur la Russie " en faisant remarquer que l'année dernière ils n'avaient pas eu de contacts avec les diplomates Turcs !  [ lien ]

Comme l'a soulilgné un colloque du RISS- Institut Russe d' Etudes Statégiques - du mois d'avril 2012 , le séparatisme " Tatar " est un fait essentiellement exogène [ lien ] et  la nouvelle vague qui a pris forme il y a deux ans semble  essentiellement d'inspiration Grand-Touranienne , lièe très probablement aux services de renseignement Turcs et Turco-Otaniens .

 

Les services spéciaux Russes ont porté ces derniers jours des coups importants au milieu séparatiste Tatar avec l'arrestation de l'imam  Rustem Safin [ lien ] lié au mouvement Hizb-ut Tahrir et ...à Serguei Oudaltsvov [ lien vers article ] ainsi qu'avec la destruction des membres d'une cellule terroriste Islamo-séparatiste  . [ lien ] 

Il faut ici souligner qu'il est probable que  les procédures judiciaires en cours contre Serguei Oudaltsov [ lien ] et des membres de son entourage comme Léonid Razvozjaev  ne soient pas étrangères aux coups portés contre l'Islamo-séparatisme Tatar d'inspiration Grand-Touranienne : Il s'agirait de deux fronts terroristes qui apparemment  sans aucun rapport seraient les composantes d'une " strategia della tensione "  exogène  dont l'objectif est un changement de régime en Russie  . [ lien ]  

Новости (№ 37 2012 г.)

  Спецоперация по уничтожению группы боевиков в Казани

 

Уничтожение боевиков в Казани. Кадры спецоперации

 

 

 

L'annonce du report de la visite du Président Vladmir Poutine en Turquie prévue pour le 14 octobre prochain au 3 décembre , sauf "imprévus " , est bien consécutive à l'acte de piraterie neo-Ottoman contre un aéronef Syrien transportant des ressortissants Russes .[ lien ] Les dénégations du Kremlin ne trompent personne et surtout pas Ankara . Les media Russes " officiels " ne se privent pas d'ailleurs d'évoquer les conditions précaires des passagers Russes pendant 8 heures ainsi que le refus des autorités Turques d'autoriser la visite d'un représentant consulaire Russe .

Le 23 octobre , le MAE Russe Serguei Lavrov a accordé une longue entrevue au journal Rossiskaya Gazeta ou il est revenu de manière détaillée sur l'incident de l'AIRBUS Syrien en fustigeant  le comportement des autorités aéroportuaires et diplomatiques Turques . Il apparaît que l' " incident " de l'AIRBUS est loin d'être clos à la date d'aujourd'hui entre la Russie et la Turquie et que la diplomatie Russe va continuer d'exiger des explications détaillées d'Ankara ainsi qu'une reconnaissance officielle de cet acte de piraterie aérienne  ! [ lien ] , [ lien ] 

  

 Ce report de la visite de Vladimir Poutine est ainsi la conclusion logique de cette période de tensions croissantes entre la Russie et la Turquie , un aboutissement plus que logique qui est loin de constituer un coup de tonnerre dans un ciel bleu .

 

Avec ce report , et peut-être avec son annulation ,  la Russie signifie clairement à Ankara qu'elle n'hésitera pas à remettre en question et à sacrifier les dossiers énergétiques Russo-Turcs  quelque soient leur importance [ South-Stream ,  [ lien ]  et [ lien ] , ventes de centrales nucléaires[ lien ]  ] face à ses intérets stratégiques dans l'espace Caspienne - Mer Noire et Volga Oural - Syrie .De la même manière la " solidarité Orthodoxe " pourrait ranger Moscou aux côtés de Chypre sur la question de l'exploitation des ressources pétro-gazières du plateau continental face à la Turquie et Israel . [ lien ] 

Quelle peut être la suite de l'escalade car c'est une hypothèse que beaucoup envisagent désormais à Moscou et comment répondre à ce qui est considéré comme un " politique anti-russe "  ? [ lien ]



- La Russie organise régulièrement des vols " humanitaires " à destination de la Syrie qui survolent l'espace aérien Turc . Il n'est pas impossible d'ailleurs que faute d'avoir osé intercepter le vol en date du 6 octobre d'un aéronef de l'état Russe , les chefs politiques et militaires Turcs se soient " rabattus " sur le vol Moscou-Damas de l'AIRBUS Syrien .[ lien ]

Il faudra donc examiner ce qui se passera lors du prochain vol " humanitaire " du MSU Russe à destination de la Syrie , les services Russes pouvant parfaitement laisser fuire l'information sur un éventuel transport de " contrebande de guerre "pour provoquer une réaction - ou une non réaction - des chefs politiques Turcs .



- La Russie peut procéder à un déploiement effectif de missiles ISKANDER - M sur son flanc Sud . Le déploiement annoncé des ces missiles dans la région de Krasnodar dans l'éventualité d'un échec des négociations  sur la DAMB [ lien ]  a provoqué un véritable vent de panique dans la presse de l'Entité Anatolienne qui a aussitôt listé les régions qui pourraient être frappées par les missiles Russes : Trabzon, Artvin, Rize, Giresun, Ordu, Samsun, Gümüşhane, Bayburt, Erzurum, Erzincan, Sivas, Tokat, Amasya, Kars, Bingöl, Tunceli, Ağrı, Van, Bitlis, Muş, Malatya et Elazığ ! 

 Leur déploiement effectif provoquera certainement une réflexion à Ankara chez les chefs politiques Turcs qui seront soumis à la pression des populations concernées ![ lien ]

Dans son entrevue du 23 octobre au journal RG , le MAE Lavrov ne s'est d'ailleurs pas privé de mentionner le dossier de la DAMB " en Mediterranée " , faisant directement allusion au déploiement de ses composantes sur le territoire Turc . [ lien ]

L'annonce du déploiement de systèmes de missiles S-400 sur le flanc méridional de la Russie peut être considéré comme la première étape de ce dispositif de riposte asymétrique Russe . Ce sont des systèmes d'armes défensifs mais à capacités pré-stratégiques dans la mesure ou ils sont capables de " porter le fer " en dehors de l'espace aérien Russe . Il faut noter ici que les chefs politiques Russes  n' ont pas les prévenances stratégiques et diplomatiques avec la Turquie qu'ils ont  eu avec le Japon sur le dossier des Kouriles : Le déploiement de systèmes S-300 ou S-400  un temps envisagé sur l'archipel asiatique Russe a été abandonné justement par ce qu'il avait des capacités d'interception dans l'espace aérien Nippon ! [ lien ]  ,  [ lien ]  et [ lien ]

 

- Frapper Ankara au porte-monnaie : Réorienter le flux de touristes Russes de la Turquie vers deux états Orthodoxes : Chypre et Grèce . [ lien ]  Cette réorientaion du flux des touristes Russes vers les nations Orthodoxes Grecques et Chypriotes de la Méditerranée sera d'autant plus facile que même s'ils représentent un marché important , les touristes Russes sont traités comme des touristes  de seconde zone par les hôteliers et tour-operateurs Turcs . [ lien ]    

Des personnalités marquantes de la communauté analytique Russe comme l'expert militaire  Igor Korotchenko n'hésitent plus à formuler cette option et il semble d'ailleurs qu'une agence de tourisme Russe - Grand-Travel Group - a décidé un boycott  de la Turquie et des Etats-Unis .[ lien ]   et [ lien sur site ] ,[ site ]

 

 

- Imposer des restrictions à la compagnie Turkish Airlines  sur le territoire de la Fédération de Russie . L'incident de l'AIRBUS Syrien a été une occasion manquée pour les autorités Russes d'imposer , à l'image de la Syrie , des restrictions de vol et des restrictions commerciales aux compagnies aériennes Turques  . La presse Russe s'est fait l'écho de l'hypothèse selon laquelle des représentants de la compagnie Turkish Airlines à Moscou auraient été à l'origine de la " fuite " sur la nature de la cargaison de l'AIRBUS Syrien . [ lien ]

Cette compagnie aérienne ,  lorsque l'on analyse son réseau commercial Russe [ Oufa[ lien vers site TA ] , Kazan [ lien vers site TA ] , Novosibirsk [ lien vers site TA]  , ... ] , semble bien être d'autre part un " âne de Troie " des ambitions géopolitiques Touraniennes en Russie .

 

 

 

- La carte majeure dans les mains de la Russie reste la question du PKK car elle est la moins visible " extérieurement " , et donc in fine moins " couteuse " diplomatiquement , mais tout aussi efficace . Moscou refuse toujours de considérer ce mouvement Kurde comme un mouvement terroriste à contario de Bruxelles et Washington . Plus de 85 % de l'armement du PKK est de fabrication Russo-Soviétique . Même  si ce ne sont pas des armes  achetées " officiellement " à une agence d'état Russe mais provenant de sources " noires ou grises " , il n'en demeure pas moins que comme le montrent certains analystes Turcs qu' une grande partie de ces armes proviennent bien de Russie , surtout pour les missiles anti-chars les plus modernes ,  les systèmes de communication et de vision nocturne .

Le soutien de plus en plus explicite d'Ankara aux séparatistes Tatars amène certains analystes Russes " radicaux " à envisager la réactivation des liens qui existaient entre le renseignement Soviétique et le PKK dans les années 80 . Les combats meurtriers livrés par le PKK ces dernières années n'ont pas décimé  toute une génération d'activistes et de militants qui ont " fait leurs armes " , j'allais écrire leurs humanités , en Union Soviétique à cette époque et réactiver cette coopération ne posera pas de problèmes majeurs . Il n' y aura pas en particulier de problèmes " relationnels " entre les responsables Kurdes et le monde du renseignement Russe post-Soviétique : Les " passerelles " ne sont pas toutes rompues .

L'extradition d'un combattant du PKK réfugié en Russie au mois de juillet 2012 constitue à cette aune une erreur stratégique majeure de la part des chefs politiques Russes mais qui peut être mise sur le compte d'une mauvaise appréciation de la dégradation des relations Russo-Turques .[ lien ]

 

Ces liens entre l' Urssie  et le PKK sont d'ailleurs une crainte récurrente en Turquie comme le révèle la question de Fadime Özkan dans son interview du 7 octobre 2012 . [ lien ]  

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article
12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 20:55

C'est le buzz du moment  . Bien sûr le " journal de référence " de la Bougeoiso-Bohémie Française libérale-libertaire et gôcharde traite de manière condescendante ce reportage de " Correspondant Spécial "  , une émission d' Arkady Mamontov [ lien ] , consacrée à l'immigration . [ lien ] Le reportage qui parle de la situation en Russie évoque aussi l'immigration en France . Une réalité que malheureusement il est interdit de filmer en France et que seule  la télévision d'état d'une nation VRAIMENT libre ose montrer .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article
12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 01:13

 

Tout est dans le titre !

J'interviendrais demain de 20h00 à 22h00  avec mon ami Bernard sur les ondes de Radio-Galère , 88.4 FM .[ site ]  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

File:Amirani - Georgian Prometheus.jpg

null

Manifestation-Russie-2011.jpg

null

 

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article
30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 22:59

  

 

 

Jean Géronimo

Spécialiste des questions économiques et stratégiques russes

Docteur des Universités, vice-major de promotion de licence et maîtrise de sciences économiques, UPMF Grenoble. Lauréat de la Fondation Robert Schuman. Ancien allocataire de recherche de la Région Rhône-Alpes





Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr

« Il faut empêcher de réitérer le scénario libyen en Syrie »

 

 

 

Vladimir Poutine, 27/02/2012 (1)

 

La crise syrienne est, aujourd’hui, arrivée à un point critique. Une guerre fratricide massacrant, pour partie, des innocents, est en cours.

Dans ses grandes lignes, cette guerre est médiatisée par les intérêts politico-économiques des grandes puissances. Mais, très tôt, elle a été polluée par les nouvelles idéologies religieuses et nationalistes, surfant sur les maladresses occidentales et la soif de libertés de peuples en perdition – au prix de dérives politiques incontrôlables et, sans doute, irréversibles.

 

A l’origine, cette quête identitaire a été précipitée par la « fin des idéologies » (D. Bell)  issue de la disparition de l’URSS, en décembre 1991, qui a favorisé le retour du religieux comme idéologie alternative et, au moins, réactivé son rôle politique et identitaire. Dans le même temps, la disparition du verrou idéologique de la Guerre froide a suscité l’émergence de micro-conflits périphériques désormais porteurs, sur l’Echiquier arabe, d’aspirations révolutionnaires. En ce sens, la délégitimation de l’idéologie communiste aurait agi comme facteur catalyseur d’une instabilité systémique à l’échelle du monde et dont la crise syrienne ne serait, au final, qu’un sous-produit – une forme d’effet émergent.

La (prévisible) réaction d’auto-défense du régime syrien face à la terrible violence « révolutionnaire » attisée de l’extérieur a débouché, aujourd’hui, sur une inquiétante guerre civile – imputée par les médias occidentaux, de manière (trop) systématique et erronée, au seul président Bachar El-Assad. Pourtant, l’opposition armée anti-Assad est responsable de davantage de tueries étrangement passées sous silence et qui, en d’autres lieux, auraient pu être qualifiées de « crimes contre l’humanité », pour reprendre une expression trop souvent manipulée par la gouvernance néo-libérale sous leadership américain, dans l’optique de justifier ses actions répressives.

Avec une certaine légitimité, on peut donc s’interroger sur l’existence d’une pensée unique, structurellement favorable aux « rebelles », et verrouillant l’information sur le déroulement de la « révolution » syrienne – sous l’impulsion de l’Organisation syrienne des droits de l’homme (OSDH), étrange ONG politiquement (très) orientée et semblant avoir un monopole « légitime » sur l’information. Régulièrement émise par l’OSDH, l’information sur la nature et l’ampleur des massacres censés perpétrés par le régime Assad est, en effet, admise comme vérité scientifique par le consensus médiatique – formatant, par ce biais, une opinion publique internationale hostile au régime syrien. Toutefois, ce dernier reste – heureusement – soutenu par l’axe sino-russe.

L’issue, tant désirée par les promoteurs du Printemps arabe, ne semble désormais plus faire de doutes. Mais pour Moscou, c’est plutôt un Hiver islamiste, réchauffé par le doux soleil de la Charia, qui se prépare – avec, naturellement, la complicité américaine.

Comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Et qui, surtout, y avait intérêt ?

                                                                             

Vers un point de non retour, pour réitérer le « scénario libyen »

De manière indéniable, ce point de non retour a été favorisé de l’étranger dans le cadre d’une stratégie de communication politiquement orientée et unilatéralement focalisée contre la « dictature » Assad, désigné par le consensus médiatique comme l’ennemi à abattre.

 

 

Très clairement, dès l’origine, la rébellion anti-Assad a été financée et armée par des membres clés (riches en pétrodollars) de la Ligue arabe, principalement l’Arabie saoudite et le Qatar. Très vite, elle a été encouragée par l’administration américaine et ses alliés traditionnels, avides de s’insérer dans la vague révolutionnaire portée par l’histoire et, surtout, de profiter des opportunités politiques – dont celles de contenir les ambitions russes, voire chinoises, dans une région stratégique sur les plans politique et énergétique. Ainsi, dans un premier temps, la Turquie a discrètement servi d’appui logistique

pour les « rebelles » et, dans un second temps, elle s’est ouvertement montrée désireuse de passer à l’offensive, c'est-à-dire à l’action armée sur le territoire syrien. Au nom de la liberté des peuples et, naturellement, de leur droit à disposer d’eux-mêmes – la couleuvre est, tout de même, dure à avaler. D’autant plus, si on est russe.

Les infiltrations aux frontières ont été nombreuses au début de la « révolution ». Comme par hasard, tous les points de conflits sont anormalement et systématiquement proches de la frontière syrienne – curieux, tout de même, que nos médias ne se soient pas interrogés sur cette troublante coïncidence. Cette situation est illustrée, depuis fin juillet, par la volonté des « rebelles » de contrôler certains postes-frontières dans le but de faciliter les « passages », autrement dit, les actions militaires et les attentats contre les positions syriennes.

Une telle configuration confirme l’hypothèse d’une aide extérieure, très tôt invoquée par le président syrien Bachar El-Assad et qui, sans surprise, n’a jamais été prise au sérieux par les médias occidentaux, perdus dans le ciel bleu du monde de l’ignorance apprise, alimentée par la seule information diffusée par l’OSDH. Loin d’être spontanée, cette « révolution » est donc orientée et, en ce sens, elle apparaît davantage comme une « évolution », impulsée de l’extérieur et sur laquelle surfent les stratégies manipulatrices de puissances ambitieuses. Mais, dans la mesure où il s’agit d’un retour en arrière sur le plan politico-social – surtout en ce qui concerne le statut de la femme et des libertés individuelles (dont politiques) –, je parlerai plutôt « d’involution ».

Tout a été fait, dans le cadre d’un scénario programmé, pour provoquer l’armée régulière et les structures de sécurité de l’Etat syrien de manière à les contraindre à une réaction violente et créer, par ce biais, une instabilité croissante auto-cumulative, à terme, potentiellement explosive. En outre, ce chaos a été aggravé par l’émergence de milices privées, parfois de nature religieuse, et échappant à tout contrôle gouvernemental. Au final, il s’agit d’atteindre un seuil critique (déclencheur de « l’explosion »), synonyme de guerre civile – quitte à sacrifier quelques civils, quotidiennement imputés par l’OSDH au « sanguinaire » président Assad ou, alternativement, à d’inévitables « dégâts collatéraux ». Et quitte, aussi, à générer une situation anarchique caractérisée par la délégitimation des lois et structures étatiques. Une catastrophe programmée.

Aujourd’hui, l’Etat syrien, dont l’autorité est considérablement érodée, n’a même plus – au sens de Max Weber – le monopole de la « violence légitime » sur son territoire, traditionnellement considéré comme le socle de la stabilité d’un Etat-souverain. Désormais, le terreau est donc propice à la répétition du « scénario libyen », selon l’expression usitée de V. Poutine.

Sous prétexte de défendre les intérêts légitimes du peuple syrien, l’insidieuse politique arabo-occidentale a, objectivement et, sans doute, consciemment, contribué à ce chaos.

Complicité arabo-occidentale, au nom d’un troublant messianisme moral



Les « Amis de la Syrie » ont, très tôt, instrumentalisé la crise syrienne pour défendre leurs propres intérêts qui font du départ d’El-Assad, la pierre angulaire de leur stratégie.

Les intérêts de cette coalition hétéroclite se rejoignent, sur certains points précis – dont celui de placer un pouvoir « ami », apte à gérer l’après-Assad –, et, à la base, ils sont structurellement opposés à ceux de l’axe sino-russe. Redoutant une déstabilisation régionale, l’axe sino-russe prône en effet une solution politique négociée qui n’implique pas, nécessairement, l’élimination du président syrien. Nuance politique essentielle, expliquant la division, donc l’impuissance du Conseil de sécurité de l’ONU à travers le blocage systématique de ses résolutions par les responsables russes et chinois – mais c’est aussi, cela, la démocratie. Sur ce point, on peut d’ailleurs s’interroger sur la viabilité d’une résolution prônant une « transition démocratique » en Syrie et soutenue par l’étrange tryptique Arabie Saoudite-Qatar-Turquie. Avec le blanc-seing occidental…

Des intérêts économiques (contrôle de l’énergie), politiques (lutte d’influence) et stratégiques (inflexion des rapports de force) sont les enjeux sous-jacents au conflit syrien exacerbé, en définitive, par la montée brutale d’Al Qaïda (reconnue par Washington) et par l’opposition religieuse sunnites/chiites. Dans son essence, cette opposition forme une ligne de fracture confessionnelle auto-destructrice et à jamais ré-ouverte, parce que politiquement non neutre – et facilement manipulable, donc utile aux régimes hostiles au maintien du président Assad.

Le leitmotiv humanitaire, a été à la fois le fil conducteur et l’habillage légitime de l’ingérence croissante de la coalition arabo-occidentale dans le processus politique interne de la Syrie. Ce devoir d’ingérence progressivement institué devrait, à terme, justifier une intervention (sous une forme à définir) dans l’optique de renverser le régime Assad et, s’il le faut, sans la légitimité onusienne – pour contourner le barrage sino-russe. Désormais, avec le soutien actif des services secrets allemands, américains, britanniques et français, tous les efforts de la coalition arabo-occidentale sont concentrés vers cet ultime objectif. Pour l’heure, l’idée d’imposer une zone d’exclusion aérienne (définie comme zone de sécurité) pour créer un « couloir humanitaire » fait, peu à peu, son chemin. Le problème est qu’un tel « couloir » a, déjà, fait l’objet d’une instrumentalisation politico-militaire en d’autres lieux et d’autres temps. Pour Moscou, une telle leçon ne s’oublie pas et, surtout, ne doit plus se répéter.

L’essentiel est d’arriver, après la réélection d’Obama, au point de basculement de la crise (« seuil critique ») provoquant l’intervention finale et, en cette fin d’été, nous y sommes proches. Cette intervention militaire est rejetée par russes et chinois, psychologiquement marqués par  les tragédies serbe (1999), irakienne (2003) et libyenne (2012), où la manipulation des règles internationales et des mécanismes onusiens a été flagrante, mettant en cause, selon eux, la légitimité de la gouvernance mondiale. De façon troublante, cette transgression des règles est réalisée au nom de valeurs morales supérieures, selon la tradition post-guerre froide inaugurée par la vertueuse Amérique, investie de sa « destinée manifeste » et de son libéralisme triomphant – un discours, certes, bien rôdé.

Un sous-produit de cette inconscience politique occidentale a été la propagation du syndrome révolutionnaire, via un Islam radical moralisateur, au-delà de l’Echiquier arabe : dans le monde post-soviétique et sur le continent

africain, au Mali pour commencer, avec l’extension de la Charia. Avec, à la clé, d’irréversibles dégâts collatéraux.

Pour l’axe sino-russe, il y a une ligne rouge à ne pas franchir dans cette partie stratégique dominée par les grandes puissances – notamment, en Syrie. Mais les dés sont, déjà, pipés.

 

Poursuite du reflux russe sur l’Echiquier arabe, sous bienveillance américaine

Dans l’hypothèse d’un renversement du président Assad, la Russie (avec la Chine et l’Iran)  serait la principale perdante.

Pour rappel, la Syrie est un des principaux alliés de l’Iran dans la région et la disparition d’Assad isolerait davantage Téhéran – ce que souhaitent, pour diverses raisons, de nombreux Etats arabes et occidentaux. D’autre part, le renversement d’Assad risquerait de déstabiliser le Liban et au moins, d’y redéfinir le jeu politique interne avec, notamment, l’affaiblissement du Hezbollah libanais. L’évolution syrienne est donc politiquement non neutre pour l’Etat israélien et sa stratégie au Moyen-Orient et, en ce sens, pour le destin géopolitique de la région.

A cela, il convient de préciser que l’Azerbaïdjan, ex-république de l’URSS très sensible désormais – comme d’autres Etats de la périphérie post-soviétique – aux sirènes américaines (et à leurs dollars), rêve de créer un « Grand Azerbaïdjan » étendu à une partie de l’actuelle Iran. Dans cette optique, l’affaiblissement de l’axe Iran-Syrie serait une bonne chose pour ses prétentions territoriales. Moscou redoute un tel scénario, d’autant plus qu’il nuirait dangereusement aux intérêts de son fidèle allié et partenaire stratégique, l’Arménie – dont l’existence (et celle de ses bases militaires) serait, dés lors, menacée.

En outre, par l’intermédiaire de son ministre des affaires extérieures, Ahmet Davutoğlu, la Turquie – véritable base arrière et levier de l’influence américaine en Eurasie – revendique, de manière troublante, le rôle de « pionnier du changement démocratique » au Moyen-Orient. En fait, la défense de ses intérêts nationaux – qui intègrent le « problème » kurde – a incité la Turquie à s’ingérer dans la crise syrienne. Et, surtout,  elle l’oblige à maintenir une veille stratégique dans le Nord de la Syrie convoité, selon Ankara, par les « extrémistes kurdes ». Enfin, il faut rappeler que la Turquie rêve toujours d’un Empire ottoman étendu à l’Asie centrale ex-soviétique. Tout est donc en place, pour la partie finale.

Tendanciellement, on assisterait donc à la poursuite du roll back (reflux) de la puissance russe, conduite par l’administration américaine depuis la fin de la Guerre froide et qui vise, aujourd’hui, à affaiblir ses alliances traditionnelles – donc, son pouvoir potentiel sur longue période – en zones arabe et post-soviétique. Car, qu’on le veuille ou non, l’administration Obama est objectivement tentée de manipuler les « révolutions » pour, à terme, étendre sa zone d’influence et sécuriser, par ce biais, les principales sources d’approvisionnement et routes énergétiques – d’où l’intérêt de « stabiliser », c'est-à-dire de contrôler politiquement la Syrie, le Liban et l’Iran, véritables nœuds stratégiques de la région. Une telle extension se réaliserait au détriment des dernières positions russes, héroïquement tenues sur l’Echiquier  moyen-oriental et, en particulier, en Syrie, face à la pression médiatique et politico-militaire de la coalition arabo-occidentale – mais, pour combien de temps encore ?

Dans cette optique et de manière officielle, l’administration américaine vient de reconnaître la nécessité de renforcer significativement son soutien au « processus révolutionnaire et démocratique » en œuvre en Syrie. Dans ses grandes lignes, cette action s’inscrit dans le prolongement de sa récente ingérence – via de douteuses ONG – dans le processus électoral russe et, de façon plus générale, dans le cheminement politique incertain de la périphérie post-soviétique en vue d’y imposer la « démocratie ». Naturellement, selon les normes occidentales.

Ce faisant, Washington officialiserait une stratégie qui, en réalité, a commencé bien plus tôt. Tendanciellement, cette stratégie s’appuie sur la démocratie comme nouvelle idéologie implicite et globalisante, vecteur de sa domination politique dans le monde. Au regard d’une lecture plus structurelle de la crise syrienne, médiatisée par les intérêts des puissances majeures, cette attitude américaine n’est pas une surprise et, au contraire, semble cohérente avec une ligne de long terme axée sur la défense de son leadership régional – contre les intérêts russes.

L’hyper-puissance américaine avance ses pions, inéluctablement.

 

L’Arabie saoudite, nouveau « pivot géopolitique » de l’hyper-puissance ?

La poursuite du « Printemps islamiste », à dominante sunnite, renforce les positions de l’Arabie saoudite dans la région et donc, de manière indirecte, les prérogatives de l’axe USA-OTAN.

Sur ce point, on remarquera que les monarchies du Golfe, qui sont (très) loin d’être plus démocratiques que la Libye et la Syrie ont été, jusque là, étrangement épargnées par la vague révolutionnaire. Avec une certaine légitimité, on peut donc se demander pourquoi ? Et pourquoi passe-t-on sous silence le sort des 80 000 chrétiens expulsés de leurs foyers par les « révolutionnaires » syriens dans la province d’Homs, en mars 2012 ? Enfin, pourquoi ne parle-t-on pas des persécutions quotidiennes de la population chiite (majoritaire à 70%) au Bahreïn, associée à un verrouillage total de l’opposition (et de l’expression) politique ? Cette répression est « supervisée » par l’armée saoudienne encline, à la moindre occasion, à faire intervenir ses chars – sorte d’application arabe de la doctrine Brejnev de « souveraineté limitée » – et cela, quels qu’en soient les coûts humains. Terrible et révélateur silence médiatique.

La réaction occidentale a été tout autre lorsque la Russie est – justement – intervenue avec ses chars en Géorgie en 2008, pour protéger ses ressortissants et ses soldats d’un massacre annoncé, après l’inquiétante initiative du président Saakachvili. Comment expliquer cette lecture des Droits de l’homme (et des peuples) à géométrie variable ? Et pourquoi les chars russes seraient-ils plus « coupables » que les chars arabes – ou américains, en d’autres circonstances, lors des « croisades » morales punitives ? Pour Moscou, une telle situation confirme le maintien d’un esprit de Guerre froide visant à la marginaliser, de manière définitive, sur la scène internationale. Un « deux poids, deux mesures » politiquement insupportable, et presque blessant.

 



La principale conséquence de l’extension de la domination sunnite au Moyen-Orient gagné par la contagion « révolutionnaire » est que, par l’intermédiaire de l’Arabie saoudite, comme levier d’ingérence privilégié, l’administration américaine renforce son  contrôle de la région. Parce que, par définition, il sera dorénavant plus facile pour Washington d’actionner un seul levier pour dicter sa politique régionale et défendre, ainsi, ses intérêts de grande puissance. Dans ce schéma, l’Arabie saoudite devient une pièce maitresse  (« pivot », au sens de Brzezinski) des Etats-Unis sur l’Echiquier arabe permettant, désormais, à l’hyper-puissance d’agir sur les événements et d’orienter le jeu, sans véritable opposition. Une contrepartie possible serait alors, pour Washington, de tenir compte des intérêts politiques de l’Arabie saoudite dans les régions musulmanes de l’ex-espace soviétique, âprement convoitées dans le cadre de son face-à-face avec la Russie. En ce sens, la crise syrienne cache un enjeu politique plus global, fondamentalement géostratégique – et, de manière indiscutable, lié au déroulement de la Guerre tiède.

Cette tendance au renforcement de la gouvernance unipolaire, légitimée par l’éclatante victoire américaine de la Guerre froide, est officiellement et régulièrement dénoncée par Vladimir Poutine, depuis son fameux discours de Munich de 2007 sur la sécurité dans le monde. Les faits, comme les hommes, sont – parfois – têtus.

Paradoxalement, les involutions arabes, sous bienveillance américaine, ne feront qu’accélérer cette tendance (2).

Et, maintenant, que faire ?

 

                                                                                         Jean Géronimo

Grenoble, le 30 août 2012

 

(1) http://fr.rian.ru/discussion/20120227/193517992.html : « La Russie et l’évolution du monde », article de V. Poutine sur la politique étrangère russe, 27/02/2012 – RIA Novosti.

(2) Les crises arabes et leurs implications géopolitiques pour la Russie, sont traitées dans le post-scriptum (50 pages) inséré dans la nouvelle édition de mon livre : « La Pensée stratégique russe Guerre tiède sur l’Échiquier eurasien : les révolutions arabes, et après ? ». Préface de Jacques SAPIR, mars 2012, éd. SIGEST, code ISBN  2917329378 en vente : Amazon, Fnac, Decitre (15 euros).

Note de l'Editeur  : Diffusion autorisée avec texte complet et renvois , mention de l'auteur .

 

 

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article
6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 10:42

Repris depuis le site Vox.NR http://www.voxnr.com/cc/d_allemagne/EFuEVEZFkuOJJFtaxq.shtml

 

 

 

 

Préambule: le texte qui suit est une brève recension du premier des deux épais volumes que le Prof. Hans-Adolf Jacobsen a consacré à Karl Haushofer. Le travail à accomplir pour réexplorer en tous ses recoins l’oeuvre de Karl Haushofer, y compris sa correspondance, est encore immense. Puisse cette modeste contribution servir de base aux étudiants qui voudraient, dans une perspective néo-eurasienne, entamer une lecture des oeuvres de Haushofer et surtout analyser tous les articles parus dans sa “Zeitschrift für Geopolitik”.

 

Haushofer est né en 1869 dans une famille bien ancrée dans le territoire bavarois. Les archives nous rappellent que le nom apparaît dès 1352, pour désigner une famille paysanne originaire de de la localité de Haushofen. Les ancêtres maternels, eux, sont issus du pays frison dans le nord de l’Allemagne. Orphelin de mère très tôt, dès l’âge de trois ans, le jeune Karl Haushofer sera élevé par ses grands-parents maternels en Bavière dans la région du Chiemsee. Le grand-père Fraas était professeur de médecine vétérinaire à Munich. En évoquant son enfance heureuse, Haushofer, plus tard, prend bien soin de rappeler que les différences de caste étaient inexistantes en Bavière: les enfants de toutes conditions se côtoyaient et se fréquentaient, si bien que les arrogances de classe étaient inexistantes: sa bonhommie et sa gentillesse, proverbiales, sont le fruit de cette convivialité baroque: ses intiatives porteront la marque de ce trait de caractère. Haushofer se destine très tôt à la carrière militaire qu’il entame dès 1887 au 1er Régiment d’Artillerie de campagne de l’armée du Royaume de Bavière.

En mission au Japon

Le 8 août 1896, il épouse Martha Mayer-Doss, une jeune femme très cultivée d’origine séphérade, côté paternel, de souche aristocratique bavaroise, côté maternel. Son esprit logique seront le pendant nécessaire à la fantaisie de son mari, à l’effervescence bouillonnante de son esprit et surtout de son écriture. Elle lui donnera deux fils: Albrecht (1903-1945), qui sera entraîné dans la résistance anti-nazie, et Heinz (1906-?), qui sera un agronome hors ligne. Le grand tournant de la vie de Karl Haushofer, le début véritable de sa carrière de géopolitologue, commence dès son séjour en Asie orientale, plus particulièrement au Japon (de la fin 1908 à l’été 1910), où il sera attaché militaire puis instructeur de l’armée impériale japonaise. Le voyage du couple Haushofer vers l’Empire du Soleil Levant commence à Gênes et passe par Port Saïd, Ceylan, Singapour et Hong Kong. Au cours de ce périple maritime, il aborde l’Inde, voit de loin la chaîne de l’Himalaya et rencontre Lord Kitchener, dont il admire la “créativité défensive” en matière de politique militaire. Lors d’un dîner, début 1909, Lord Kitchener lui déclare “que toute confrontation entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne coûterait aux deux puissances leurs positions dans l’Océan Pacifique au profit du Japon et des Etats-Unis”. Haushofer ne cessera de méditer ces paroles de Lord Kitchener. En effet, avant la première guerre mondiale, l’Allemagne a hérité de l’Espagne la domination de la Micronésie qu’elle doit défendre déjà contre les manigances américaines, alors que les Etats-Unis sont maîtres des principales îles stratégiques dans cet immense espace océanique: les Philippines, les Iles Hawaï et Guam. Dès son séjour au Japon, Haushofer devient avant tout un géopolitologue de l’espace pacifique: il admet sans réticence la translatio imperii en Micronésie, où l’Allemagne, à Versailles, doit céder ces îles au Japon; pour Haushofer, c’est logique: l’Allemagne est une “puissance extérieure à l’espace pacifique” tandis que le Japon, lui, est une puissance régionale, ce qui lui donne un droit de domination sur les îles au sud de son archipel métropolitain. Mais toute présence souveraine dans l’espace pacifique donne la maîtrise du monde: Haushofer n’est donc pas exclusivement le penseur d’une géopolitique eurasienne et continentale, ou un exposant érudit d’une géopolitique nationaliste allemande, il est aussi celui qui va élaborer, au fil des années dans les colonnes de la revue “Zeitschrift für Geopolitik”, une thalassopolitique centrée sur l’Océan Pacifique, dont les lecteurs les plus attentifs ne seront pas ses compatriotes allemands ou d’autres Européens mais les Soviétiques de l’agence “Pressgeo” d’Alexander Rados, à laquelle collaborera un certain Arthur Koestler et dont procèdera le fameux espion soviétique Richard Sorge, également lecteur très attentif de la “Zeitschrift für Geopolitik” (ZfG). Dans son journal, Haushofer rappelle les rapports qu’il a eus avec des personnalités soviétiques comme Tchitchérine et Radek-Sobelsohn. L’intermédiaire entre Haushofer et Radek était le Chevalier von Niedermayer, qui avait lancé des expéditions en Perse et en Afghanistan. Niedermayer avait rapporté un jour à Haushofer que Radek lisait son livre “Geopolitik der Pazifischen Ozeans”, qu’il voulait faire traduire. Radek, roublard, ne pouvait faire simplement traduire le travail d’un général bavarois et a eu une “meilleure” idée dans le contexte soviétique de l’époque: fabriquer un plagiat assorti de phraséologie marxiste et intitulé “Tychookeanskaja Probljema”. Toutes les thèses de Haushofer y était reprises, habillées d’oripeaux marxistes. Autre intermédiaire entre Radek et Haushofer: Mylius Dostoïevski, petit-fils de l’auteur des “Frères Karamazov”, qui apportait au géopolitologue allemand des exemplaires de la revue soviétique de politique internationale “Nowy Vostok” (= “Nouveau Monde”), des informations soviétiques sur la Chine et le Japon et des écrits du révolutionnaire indonésien Tan Malakka sur le mouvement en faveur de l’auto-détermination de l’archipel, à l’époque sous domination néerlandaise.

Le séjour en Extrême-Orient lui fait découvrir aussi l’importance de la Mandchourie pour le Japon, qui cherche à la conquérir pour se donner des terres arables sur la rive asiatique qui fait face à l’archipel nippon (l’achat de terres arables, notamment en Afrique, par des puissances comme la Chine ou la Corée du Sud est toujours un problème d’actualité...). Les guerres sino-japonaises, depuis 1895, visent le contrôle de terres d’expansion pour le peuple japonais coincé sur son archipel montagneux aux espaces agricoles insuffisants. Dans les années 30, elles viseront à contrôler la majeure partie des côtes chinoises pour protéger les routes maritimes acheminant le pétrole vers les raffineries nippones, denrée vitale pour l’industrie japonaise en plein développement.

Début d’une carrière universitaire

Le retour en Allemagne de Karl et Martha Haushofer se fait via le Transibérien, trajet qui fera comprendre à Haushofer ce qu’est la dimension continentale à l’heure du chemin de fer qui a réduit les distances entre l’Europe et l’Océan Pacifique. De Kyoto à Munich, le voyage prendra exactement un mois. Le résultat de ce voyage est un premier livre, “Dai Nihon – Grossjapan” (en français: “Le Japon et les Japonais”, avec une préface de l’ethnologue franco-suisse Georges Montandon). Le succès du livre est immédiat. Martha Haushofer contacte alors le Professeur August von Drygalski (Université de Munich) pour que son mari puisse suivre les cours de géographie et passer à terme une thèse de doctorat sur le Japon. Haushofer est, à partir de ce moment-là, à la fois officier d’artillerie et professeur à l’Université. En 1913, grâce à la formidable puissance de travail de son épouse Martha, qui le seconde avec une redoutable efficacité dans tous ses projets, sa thèse est prête. La presse spécialisée se fait l’écho de ses travaux sur l’Empire du Soleil Levant. Sa notoriété est établie. Mais les voix critiques ne manquent pas: sa fébrilité et son enthousiasme, sa tendance à accepter n’importe quelle dépêche venue du Japon sans vérification sourcilleuse du contenu, son rejet explicite des “puissances ploutocratiques” (Angleterre, Etats-Unis) lui joueront quelques tours et nuiront à sa réputation jusqu’à nos jours, où il n’est pas rare de lire encore qu’il a été un “mage” et un “géographe irrationnel”.

Le déclenchement de la première guerre mondiale met un terme (tout provisoire) à ses recherches sur le Japon. Les intérêts de Haushofer se focalisent sur la “géographie défensive” (la “Wehrgeographie”) et sur la “Wehrkunde” (la “science de la défense”). C’est aussi l’époque où Haushofer découvre l’oeuvre du géographe conservateur et germanophile suédois Rudolf Kjellen, auteur d’un ouvrage capital et pionnier en sciences politiques: “L’Etat comme forme de vie” (“Der Staat als Lebensform”). Kjellen avait forgé, dans cet ouvrage, le concept de “géopolitique”. Haushofer le reprend à son compte et devient ainsi, à partir de 1916, un géopolitologue au sens propre du terme. Il complète aussi ses connaissances par la lecture des travaux du géographe allemand Friedrich Ratzel (à qui l’on doit la discipline de l’anthropogéographie); c’est l’époque où il lit aussi les oeuvres des historiens anglais Gibbon (“Decline and Fall of the Roman Empire”) et Macaulay, exposant de la vision “Whig” (et non pas conservatrice) de l’histoire anglaise, étant issu de familles quaker et presbytérienne. Les événements de la première guerre mondiale induisent Haushofer à constater que le peuple allemand n’a pas reçu —en dépit de l’excellence de son réseau universitaire, de ses érudits du 19ème siècle et de la fécondité des oeuvres produites dans le sillage de la pensée organique allemande,— de véritable éducation géopolitique et “wehrgeographisch”, contrairement aux Britanniques, dont les collèges et universités ont été à même de communiquer aux élites le “sens de l’Empire”.

Réflexions pendant la première guerre mondiale

Ce n’est qu’à la fin du conflit que la fortune des armes passera dans le camp de l’Entente. Au début de l’année 1918, en dépit de la déclaration de guerre des Etats-Unis de Woodrow Wilson au Reich allemand, Haushofer est encore plus ou moins optimiste et esquisse brièvement ce qui, pour lui, serait une paix idéale: “La Courlande, Riga et la Lituanie devront garder des liens forts avec l’Allemagne; la Pologne devra en garder d’équivalents avec l’Autriche; ensuite, il faudrait une Bulgarie consolidée et agrandie; à l’Ouest, à mon avis, il faudrait le statu quo tout en protégeant les Flamands, mais sans compensation allemande pour la Belgique et évacuation pure et simple de nos colonies et de la Turquie. Dans un tel contexte, la paix apportera la sécurité sur notre flanc oriental et le minimum auquel nous avons droit; il ne faut absolument pas parler de l’Alsace-Lorraine”. L’intervention américaine lui fera écrire dans son journal: “Plutôt mourir européen que pourrir américain”.

Haushofer voulait dégager les “trois grands peuples de l’avenir”, soit les Allemands, les Russes et les Japonais, de l’étranglement que leur préparaient les puissances anglo-saxonnes. Les énergies de l’ “ours russe” devaient être canalisées vers le Sud, vers l’Inde,sans déborder ni à l’Ouest, dans l’espace allemand, ni à l’Est dans l’espace japonais. L’ “impérialisme du dollar” est, pour Haushofer, dès le lendemain de Versailles, le “principal ennemi extérieur”. Face à la nouvelle donne que constitue le pouvoir bolchevique à Moscou, Haushofer est mitigé: il rejette le style et les pratiques bolcheviques mais concède qu’elles ont libéré la Russie (et projettent de libérer demain tous les peuples) de “l’esclavage des banques et du capital”.

En 1919, pendant les troubles qui secouent Munich et qui conduisent à l’émergence d’une République des Conseils en Bavière, Haushofer fait partie des “Einwohnerwehrverbände” (des unités de défense constituées par les habitants de la ville), soit des milices locales destinées à maintenir l’ordre contre les émules de la troïka “conseilliste” et contre les pillards qui profitaient des désordres. Elles grouperont jusqu’à 30.000 hommes en armes dans la capitale bavaroise (et jusqu’à 360.000 hommes dans toute la Bavière). Ces unités seront définitivement dissoutes en 1922.

Les résultats du Traité de Versailles

La fin de la guerre et des troubles en Bavière ramène Haushofer à l’Université, avec une nouvelle thèse sur l’expansion géographique du Japon entre 1854 et 1919. Une chaire est mise à sa disposition en 1919/1920 où les cours suivants sont prodigués à onze étudiants: Asie orientale, Inde, Géographie comparée de l’Allemagne et du Japon, “Wehrgeographie”, Géopolitique, Frontières, Anthropogéographie, Allemands de l’étranger, Urbanisme, Politique Internationale, Les rapports entre géographie, géopolitique et sciences militaires. L’objectif de ces efforts était bien entendu de former une nouvelle élite politique et diplomatique en mesure de provoquer une révision des clauses du Traité de Versailles. Pour Wilson, le principe qui aurait dû régir la future Europe après les hostilités était celui des “nationalités”. Aucune frontière des Etats issus notamment de la dissolution de l’Empire austro-hongrois ne correspondait à ce principe rêvé par le président des Etats-Unis. Dans chacun de ces Etats, constataient Haushofer et les autres exposants de la géopolitique allemande, vivaient des minorités diverses mais aussi des minorités germaniques (dix millions de personnes en tout!), auxquelles on refusait tout contact avec l’Allemagne, comme on refusait aux Autrichiens enclavés, privés de l’industrie tchèque, de la viande et de l’agriculture hongroises et croates et de toute fenêtre maritime de se joindre à la République de Weimar, ce qui était surtout le voeu des socialistes à l’époque (ils furent les premiers, notamment sous l’impulsion de leur leader Viktor Adler, à demander l’Anschluss). L’Allemagne avait perdu son glacis alsacien-lorrain et sa province riche en blé de Posnanie, de façon à rendre la Pologne plus ou moins autarcique sur le plan alimentaire, car elle ne possédait pas de bonnes terres céréalières. La Rhénanie était démilitarisée et aucune frontière du Reich était encore “membrée” pour reprendre, avec Haushofer, la terminologie forgée au 17ème siècle par Richelieu et Vauban. Dans de telles conditions, l’Allemagne ne pouvait plus être “un sujet de l’histoire”.

Redevenir un “sujet de l’histoire”

Pour redevenir un “sujet de l’histoire”, l’Allemagne se devait de reconquérir les sympathies perdues au cours de la première guerre mondiale. Haushofer parvient à exporter son concept, au départ kjellénien, de “géopolitique”, non seulement en Italie et en Espagne, où des instituts de géopolitique voient le jour (pour l’Italie, Haushofer cite les noms suivants dans son journal: Ricciardi, Gentile, Tucci, Gabetti, Roletto et Massi) mais aussi en Chine, au Japon et en Inde. La géopolitique, de facture kjellénienne et haushoférienne, se répand également par dissémination et traduction dans une quantité de revues dans le monde entier. La deuxième initiative qui sera prise, dès 1925, sera la création d’une “Deutsche Akademie”, qui avait pour but premier de s’adresser aux élites germanophones d’Europe (Autriche, Suisse, minorités allemandes, Flandre, Scandinavie, selon le journal tenu par Haushofer). Cette Académie devait compter 100 membres. L’idée vient au départ du légat de Bavière à Paris, le Baron von Ritter qui, en 1923 déjà, préconisait la création d’une institution allemande semblable à l’Institut de France ou même à l’Académie française, afin d’entretenir de bons et fructueux contacts avec l’étranger dans une perspective d’apaisement constructif. Bien que mise sur pied et financée par des organismes privés, la “Deutsche Akademie” ne connaîtra pas le succès que méritait son programme séduisant. Les “Goethe-Institute”, qui représentent l’Allemagne sur le plan culturel aujourd’hui, en sont les héritiers indirects, depuis leur fondation en 1932.

L’objectif des instituts de géopolitique, de la Deutsche Akademie et des “Goethe-Institute” est donc de générer au sein du peuple allemand une sorte d’ “auto-éducation” permanente aux faits géographiques et aux problèmes de la politique internationale. Cette “auto-éducation” ou “Selbsterziehung” repose sur un impératif d’ouverture au monde, exactement comme Karl et Martha Haushofer s’étaient ouverts aux réalités indiennes, asiatiques, pacifiques et sibériennes entre 1908 et 1910, lors de leur mission militaire au Japon. Haushofer explique cette démarche dans un mémorandum rédigé dans sa villa d’Hartschimmelhof en août 1945. La première guerre mondiale, y écrit-il, a éclaté parce que les 70 nations, qui y ont été impliquées, ne possédaient pas les outils intellectuels pour comprendre les actions et les manoeuvres des autres; ensuite, les idéologies dominantes avant 1914 ne percevaient pas la “sacralité de la Terre” (“das Sakrale der Erde”). Des connaissances géographiques et historiques factuelles, couplées à cette intuition tellurique —quasi romantique et mystique à la double façon du “penseur et peintre tellurique” Carl Gustav Carus, au 19ème siècle, et de son héritier Ludwig Klages qui préconise l’attention aux mystères de la Terre dans son discours aux mouvements de jeunesse lors de leur rassemblement de 1913— auraient pu contribuer à une entente générale entre les peuples: l’intuition des ressources de Gaia, renforcée par une “tekhnê” politique adéquate, aurait généré une sagesse générale, partagée par tous les peuples de la Terre. La géopolitique, dans l’optique de Haushofer, quelques semaines après la capitulation de l’Allemagne, aurait pu constituer le moyen d’éviter toute saignée supplémentaire et toute conflagration inutile (cf. Jacobsen, tome I, pp. 258-259).

Une géopolitique révolutionnaire dans les années 20

En dépit de ce mémorandum d’août 1945, qui regrette anticipativement la disparition de toute géopolitique allemande, telle que Haushofer et son équipe l’avaient envisagée, et souligne la dimension “pacifiste”, non au sens usuel du terme mais selon l’adage latin “Si vis pacem, para bellum” et selon l’injonction traditionnelle qui veut que c’est un devoir sacré (“fas”) d’apprendre de l’ennemi, Haushofer a été aussi et surtout —c’est ce que l’on retient de lui aujourd’hui— l’élève rebelle de Sir Halford John Mackinder, l’élève qui inverse les intentions du maître en retenant bien la teneur de ses leçons; pour Mackinder, à partir de son célèbre discours de 1904 au lendemain de l’inauguration du dernier tronçon du Transibérien, la dynamique de l’histoire reposait sur l’opposition atavique et récurrente entre puissances continentales et puissances maritimes (ou thalassocraties). Les puissances littorales du grand continent eurasiatique et africain sont tantôt les alliées des unes tantôt celles des autres. Dans les années 20, où sa géopolitique prend forme et influence les milieux révolutionnaires (dont les cercles que fréquentaient Ernst et Friedrich-Georg Jünger ainsi que la figure originale que fut Friedrich Hielscher, sans oublier les communistes gravitant autour de Radek et de Rados), Haushofer énumère les puissances continentales actives, énonciatrices d’une diplomatie originale et indépendante face au monde occidental anglo-saxon ou français: l’Union Soviétique, la Turquie (après les accords signés entre Mustafa Kemal Atatürk et le nouveau pouvoir soviétique à Moscou), la Perse (après la prise du pouvoir par Reza Khan), l’Afghanistan, le sous-continent indien (dès qu’il deviendra indépendant, ce que l’on croit imminent à l’époque en Allemagne) et la Chine. Il n’y incluait ni l’Allemagne (neutralisée et sortie du club des “sujets de l’histoire”) ni le Japon, puissance thalassocratique qui venait de vaincre la flotte russe à Tsoushima et qui détenait le droit, depuis les accords de Washington de 1922 d’entretenir la troisième flotte du monde (le double de celle de la France!) dans les eaux du Pacifique. Pour “contenir” les puissances de la Terre, constate Haushofer en bon lecteur de Mackinder, les puissances maritimes anglo-saxonnes ont créé un “anneau” de bases et de points d’appui comme Gibraltar, Malte, Chypre, Suez, les bases britanniques du Golfe Persique, l’Inde, Singapour, Hong Kong ainsi que la Nouvelle-Zélande et l’Australie, un cordon d’îles et d’îlots plus isolés (Tokelau, Suvarov, Cook, Pitcairn, Henderson, ...) qui s’étendent jusqu’aux littoraux du cône sud de l’Amérique du Sud. L’Indochine française, l’Insulinde néerlandaise et les quelques points d’appui et comptoirs portugais sont inclus, bon gré mal gré, dans ce dispositif en “anneau”, commandé depuis Londres.

Les Philippines, occupées depuis la guerre hispano-américaine puis philippino-américaine de 1898 à 1911 par les Etats-Unis, en sont le prolongement septentrional. Le Japon refuse de faire partie de ce dispositif qui permet pourtant de contrôler les routes du pétrole acheminé vers l’archipel nippon. L’Empire du Soleil Levant cherche à être une double puissance: 1) continentale avec la Mandchourie et, plus tard, avec ses conquêtes en Chine et avec la satellisation tacite de la Mongolie intérieure, et 2) maritime en contrôlant Formose, la presqu’île coréenne et la Micronésie, anciennement espagnole puis allemande. L’histoire japonaise, après Tsoushima, est marquée par la volonté d’assurer cette double hégémonie continentale et maritime, l’armée de terre et la marine se disputant budgets et priorités.

Un bloc continental défensif

Haushofer souhaite, à cette époque, que le “bloc continental”, soviéto-turco-perso-afghano-chinois, dont il souhaite l’unité stratégique, fasse continuellement pression sur l’ “anneau” de manière à le faire sauter. Cette unité stratégique est une “alliance pression/défense”, un “Druck-Abwehr-Verband”, soit une alliance de facto qui se défend (“Abwehr”) contre la pression (“Druck”) qu’exercent les bases et points d’appui des thalassocraties, contre toutes les tentatives de déploiement des puissances continentales. Haushofer dénonce, dans cette optique, le colonialisme et le racisme, qui en découle, car ces “ismes” bloquent la voie des peuples vers l’émancipation et l’auto-détermination. Dans l’ouvrage collectif “Welt in Gärung” (= “Le monde en effervescence”),[lien vers article ]  Haushofer parle des “gardiens rigides du statu quo” (“starre Hüter des gewesenen Standes”) qui sont les obstacles (“Hemmungen”) à toute paix véritable; ils provoquent des révolutions bouleversantes et des effondrements déstabilisants, des “Umstürze”, au lieu de favoriser des changements radicaux et féconds, des “Umbrüche”. Cette idée le rapproche de Carl Schmitt, quand ce dernier critique avec acuité et véhémence les traités imposés par Washington dans le monde entier, dans le sillage de l’idéologie wilsonienne, et les nouvelles dispositions, en apparence apaisantes et pacifistes, imposées à Versailles puis à Genève dans le cadre de la SdN. Carl Schmitt critiquait, entre autres, et très sévèrement, les démarches américaines visant la destruction définitive du droit des gens classique, le “ius publicum europaeum” (qui disparait entre 1890 et 1918), en visant à ôter aux Etats le droit de faire la guerre (limitée), selon les théories juridiques de Frank B. Kellogg dès la fin des années 20. Il y a tout un travail à faire sur le parallèlisme entre Carl Schmitt et les écoles géopolitiques de son temps.

En dépit du grand capital de sympathie dont bénéficiait le Japon chez Haushofer depuis son séjour à Kyoto, sa géopolitique, dans les années 20, est nettement favorable à la Chine, dont le sort, dit-il, est similaire à celui de l’Allemagne. Elle a dû céder des territoires à ses voisins et sa façade maritime est neutralisée par la pression permanente qui s’exerce depuis toutes les composantes de l’ “anneau”, constitués par les points d’appui étrangers (surtout l’américain aux Philippines). Haushofer, dans ses réflexions sur le destin de la Chine, constate l’hétérogénéité physique de l’ancien espace impérial chinois: le désert de Gobi sépare la vaste zone de peuplement “han” des zones habitées par les peuples turcophones, à l’époque sous influence soviétique. Les montagnes du Tibet sont sous influence britannique depuis les Indes et cette influence constitue l’avancée la plus profonde de l’impérialisme thalassocratique vers l’intérieur des terres eurasiennes, permettant de surcroît de contrôler le “chateau d’eau” tibétain où les principaux fleuves d’Asie prennent leur source (à l’Ouest, l’Indus et le Gange; à l’Est, le Brahmapoutre/Tsangpo, le Salouen, l’Irawadi et le Mékong). La Mandchourie, disputée entre la Russie et le Japon, est toutefois majoritairement peuplée de Chinois et reviendra donc tôt ou tard chinoise.

Sympathie pour la Chine mais soutien au Japon

Haushofer, en dépit de ses sympathies pour la Chine, soutiendra le Japon dès le début de la guerre sino-japonaise (qui débute avec l’incident de Moukden en septembre 1931). Cette option nouvelle vient sans doute du fait que la Chine avait voté plusieurs motions contre l’Allemagne à la SdN, que tous constataient que la Chine était incapable de sortir par ses propres forces de ses misères. Le Japon apparaissait dès lors comme une puissance impériale plus fiable, capable d’apporter un nouvel ordre dans la région, instable depuis les guerres de l’opium et la révolte de Tai-Peh. Haushofer avait suivi la “croissance organique” du Japon mais celui-ci ne cadrait pas avec ses théories, vu sa nature hybride, à la fois continentale depuis sa conquête de la Mandchourie et thalassocratique vu sa supériorité navale dans la région. Très branché sur l’idée mackindérienne d’ “anneau maritime”, Haushofer estime que le Japon demeure une donnée floue sur l’échiquier international. Il a cherché des explications d’ordre “racial”, en faisant appel à des critères “anthropogéographiques” (Ratzel) pour tenter d’expliquer l’imprécision du statut géopolitique et géostratégique du Japon: pour lui, le peuple japonais est originaire, au départ, des îles du Pacifique (des Philippines notamment et sans doute, antérieurement, de l’Insulinde et de la Malaisie) et se sent plus à l’aise dans les îles chaudes et humides que sur le sol sec de la Mandchourie continentale, en dépit de la nécessité pour les Japonais d’avoir à disposition cette zone continentale afin de “respirer”, d’acquérir sur le long terme, ce que Haushofer appelle un “Atemraum”, un espace de respiration pour son trop-plein démographique.

L’Asie orientale est travaillée, ajoute-t-il, par la dynamique de deux “Pan-Ideen”, l’idée panasiatique et l’idée panpacifique. L’idée panasiatique concerne tous les peuples d’Asie, de la Perse au Japon: elle vise l’unité stratégique de tous les Etats asiatiques solidement constitués contre la mainmise occidentale. L’idée panpacifique vise, pour sa part, l’unité de tous les Etats riverains de l’Océan Pacifique (Chine, Japon, Indonésie, Indochine, Philippines, d’une part; Etats-Unis, Mexique, Pérou et Chili, d’autre part). On retrouve la trace de cette idée dans les rapports récents ou actuels entre Etats asiatiques (surtout le Japon) et Etats latino-américains (relations commerciales entre le Mexique et le Japon, Fujimori à la présidence péruvienne, les théories géopolitiques et thalassopolitiques panpacifiques du général chilien Pinochet, etc.). Pour Haushofer, la présence de ces deux idées-forces génère un espace fragilisé (riche en turbulences potentielles, celles qui sont à l’oeuvre actuellement) sur la plage d’intersection où ces idées se télescopent. Soit entre la Chine littorale et les possessions japonaises en face de ces côtes chinoises. Tôt ou tard, pense Haushofer, les Etats-Unis utiliseront l’idée panpacifique pour contenir toute avancée soviétique en direction de la zone océanique du Pacifique ou pour contenir une Chine qui aurait adopté une politique continentaliste et panasiatique. Haushofer manifeste donc sa sympathie à l’égard du panasiatisme. Pour lui, le panasiatisme est “révolutionnaire”, apportera un réel changement de donne, radical et définitif, tandis que le panpacifisme est “évolutionnaire”, et n’apportera que des changements mineurs toujours susceptibles d’être révisés. Le Japon, en maîtrisant le littoral chinois et une bonne frange territoriale de l’arrière-pays puis en s’opposant à toute ingérence occidentale dans la région, opte pour une démarche panasiatique, ce qui explique que Haushofer le soutient dans ses actions en Mandchourie. Puis en fera un élément constitutif de l’alliance qu’il préconisera entre la Mitteleuropa, l’Eurasie (soviétique) et le Japon/Mandchourie orientant ses énergies vers le Sud.

Toutes ces réflexions indiquent que Haushofer fut principalement un géopolitologue spécialisé dans le monde asiatique et pacifique. La lecture de ses travaux sur ces espaces continentaux et maritimes demeure toujours aujourd’hui du plus haut intérêt, vu les frictions actuelles dans la région et l’ingérence américaine qui parie, somme toute, sur une forme actualisée du panpacifisme pour maintenir son hégémonie et contenir une Chine devenue pleinement panasiatique dans la mesure où elle fait partie du “Groupe de Shanghai” (OCS), tout en orientant vers le sud ses ambitions maritimes, heurtant un Vietnam qui s’aligne désormais sur les Etats-Unis, en dépit de la guerre atroce qui y a fait rage il y a quelques décennies. On n’oubliera pas toutefois que Kissinger, en 1970-72, avait parié sur une Chine maoïste continentale (sans grandes ambitions maritimes) pour contenir l’URSS. La Chine a alors eu une dimension “panpacifiste” plutôt que “panasiatique” (comme l’a souligné à sa manière le général et géopolitologue italien Guido Giannettini). Les stratégies demeurent et peuvent s’utiliser de multiples manières, au gré des circonstances et des alliances ponctuelles.

Réflexions sur l’Inde

Reste à méditer, dans le cadre très restreint de cet article, les réflexions de Haushofer sur l’Inde. Si l’Inde devient indépendante, elle cessera automatiquement d’être un élément essentiel de l’ “anneau” pour devenir une pièce maîtresse du dispositif continentaliste/panasiatique. Le sous-continent indien est donc marqué par une certaine ambivalence: il est soit la clef de voûte de la puissance maritime britannique, reposant sur la maîtrise totale de l’Océan Indien; soit l’avant-garde des puissances continentales sur le “rimland” méridional de l’Eurasie et dans la “Mer du Milieu” qu’est précisément l’Océan Indien. Cette ambivalence se retrouve aujourd’hui au premier plan de l’actualité: l’Inde est certes partie prenante dans le défi lancé par le “Groupe de Shanghai” et à l’ONU (où elle ne vote pas en faveur des interventions réclamées par l’hegemon américain) mais elle est sollicitée par ce même hegemon pour participer au “containment” de la Chine, au nom de son vieux conflit avec Beijing pour les hauteurs himalayennes de l’Aksai Chin en marge du Cachemire/Jammu et pour la question des barrages sur le Brahmapoutre et de la maîtrise du Sikkim. Haushofer constatait déjà, bien avant la partition de l’Inde en 1947, suite au départ des Britanniques, que l’opposition séculaire entre Musulmans et Hindous freinera l’accession de l’Inde à l’indépendance et/ou minera son unité territoriale ou sa cohérence sociale. Ensuite, l’Inde comme l’Allemagne (ou l’Europe) de la “Kleinstaaterei”, a été et est encore un espace politiquement morcelé. Le mouvement indépendantiste et unitaire indien est, souligne-t-il, un modèle pour l’Allemagne et l’Europe, dans la mesure, justement, où il veut sauter au-dessus des différences fragmentantes pour redevenir un bloc capable d’être pleinement “sujet de l’histoire”.

Voici donc quelques-unes des idées essentielles véhiculées par la “Zeitschrift für Geopolitik” de Haushofer. Il y a en a eu une quantité d’autres, parfois fluctuantes et contradictoires, qu’il faudra réexhumer, analyser et commenter en les resituant dans leur contexte. La tâche sera lourde, longue mais passionnante. La géopolitique allemande de Haushofer est plus intéressante à analyser dans les années 20, où elle prend tout son essor, avant l’avènement du national-socialisme, tout comme la mouvance nationale-révolutionnaire, plus ou moins russophile, qui cesse ses activités à partir de 1933 ou les poursuit vaille que vaille dans la clandestinité ou l’exil. Reste aussi à examiner les rapports entre Haushofer et Rudolf Hess, qui ne cesse de tourmenter les esprits. Albrecht Haushofer, secrétaire de la “Deutsche Akademie” et fidèle disciple de ses parents, résume en quelques points les erreurs stratégiques de l’Allemagne dont:
a) la surestimation de la force de frappe japonaise pour faire fléchir en Asie la résistance des thalassocraties;
b) la surestimation des phénomènes de crise en France avant les hostilités;
c) la sous-estimation de la durée temporelle avec laquelle on peut éliminer militairement un problème;
d) la surestimation des réserves militaires allemandes;
e) la méconnaissance de la psychologie anglaise, tant celle des masses que celle des dirigeants;
f) le désintérêt pour l’Amérique.
Albrecht Haushofer, on le sait, sera exécuté d’une balle dans la nuque par la Gestapo à la prison de Berlin-Moabit en 1945. Ses parents, arrêtés par les Américains, questionnés, seront retrouvés pendus à un arbre au fond du jardin de leur villa d’Hartschimmelhof, le 10 mars 1946. Karl Haushofer était malade, déprimé et âgé de 75 ans.

L’Allemagne officielle ne s’est donc jamais inspirée de Haushofer ni sous la République de Weimar ni sous le régime national-socialiste ni sous la Bundesrepublik. Néanmoins bon nombre de collaborateurs de Haushofer ont poursuivi leurs travaux géopolitiques après 1945. Leurs itinéraires, et les fluctuations de ceux-ci devrait pouvoir constituer un objet d’étude. De 1951 à 1956, la ZfG reparaît, exactement sous la même forme qu’au temps de Haushofer. Elle change ensuite de titre pour devenir la “Zeitschrift für deutsches Auslandswissen” (= “Revue allemande pour la connaissance de l’étranger”), publiée sous les auspices d’un “Institut für Geosoziologie und Politik”. Elle paraît sous la houlette d’un disciple de Haushofer, le Dr. Hugo Hassinger. En 1960, le géographe Adolf Grabowsky, qui a également fait ses premières armes aux côtés de Haushofer, publie, en n’escamotant pas le terme “géopolitique”, un ouvrage remarqué, “Raum, Staat und Geschichte – Grundlegung der Geopolitik” (= “Espace, Etat et histoire – Fondation de la géopolitique”). Il préfèrera parler ultérieurement de “Raumkraft” (de “force de l’espace”). Les ouvrages qui ont voulu faire redémarrer une géopolitique allemande dans le nouveau contexte européen sont sans contexte ceux 1) du Baron Heinrich Jordis von Lohausen, dont le livre “Denken in Kontinenten” restera malheureusement confiné aux cercles conservateurs, nationaux et nationaux-conservateurs, “politiquement correct” oblige, bien que Lohausen ne développait aucun discours incendiaire ou provocateur, et 2) du politologue Heinz Brill, “Geopolitik heute”, où l’auteur, professeur à l’Académie militaire de la Bundeswehr, ose, pour la première fois, au départ d’une position officielle au sein de l’Etat allemand, énoncer un programme géopolitique, inspiré des traditions léguées par les héritiers de Haushofer, surtout ceux qui, comme Fochler-Hauke ou Pahl, ont poursuivi une quête d’ordre géopolitique après la mort tragique de leur professeur et de son épouse. A tous d’oeuvrer, désormais, pour exploiter tous les aspects de ces travaux, s’étendant sur près d’un siècle.

Robert Steuckers,
Forest-Flotzenberg, juin 2012.

notes

Bibliographie:

Hans EBELING, Geopolitik – Karl Haushofer und seine Raumwissenschaft 1919-1945, Akademie Verlag, 1994.
Karl HAUSHOFER, Grenzen in ihrer geographischen und politischen Bedeutung, Kurt Vowinckel Verlag, Berlin-Grunewald, 1927.
Karl HAUSHOFER u. andere, Raumüberwindende Mächte, B.G. Teubner, Leipzig/Berlin, 1934.
Karl HAUSHOFER, Weltpolitik von heute, Verlag Zeitgeschichte, Berlin, 1934.
Karl HAUSHOFER & Gustav FOCHLER-HAUKE, Welt in Gärung – Zeitberichte deutscher Geopolitiker, Verlag von Breitkopf u. Härtel, Leipzig, 1937.
Karl HAUSHOFER, Weltmeere und Weltmächte, Zeitgeschichte-Verlag, Berlin, 1937.
Karl HAUSHOFER, Le Japon et les Japonais, Payot, Paris, 1937 (préface et traduction de Georges Montandon).
Karl HAUSHOFER, De la géopolitique, FAYARD, Paris, 1986 (préface du Prof. Jean Klein; introduction du Prof. H.-A. Jacobsen).
Hans-Adolf JACOBSEN, Karl Haushofer, Leben und Werk, Band 1 & 2, Harald Boldt Verlag, Boppard am Rhein, 1979.
Rudolf KJELLEN, Die Grossmächte vor und nach dem Weltkriege, B. G. Teubner, Leipzig/Berlin, 1930.
Günter MASCHKE, “Frank B. Kellogg siegt am Golf – Völkerrechtgeschichtliche Rückblicke anlässlich des ersten Krieges des Pazifismus”, in Etappe, Nr. 7, Bonn, Oktober 1991.
Emil MAURER, Weltpolitik im Pazifik, Goldmann, Leipzig, 1942.
Armin MOHLER, “Karl Haushofer”, in Criticon, Nr. 56, Nov.-Dez. 1979.
Perry PIERIK, Karl Haushofer en het nationaal-socialisme – Tijd, werk en invloed, Aspekt, Soesterberg, 2006.
Robert STEUCKERS, “Les thèmes de la géopolitique et de l’espace russe dans la vie culturelle berlinoise de 1918 à 1945 – Karl Haushofer, Oskar von Niedermayer & Otto Hoetzsch”, in Nouvelles de Synergies européennes, n°57-58, Forest, août-octobre 2002 [recension de: Karl SCHLÖGEL, Berlin Ostbahnhof Europas – Russen und Deutsche in ihrem Jahrhundert, Siedler, Berlin, 1998]. http://www.centrostudilaruna.it/les-themes-de-la-geopolitique-et-de-lespace-russe-dans-la-vie-culturelle-berlinoise-de-1918-a-1945.html?wpmp_switcher=mobile

 

 

Note de l'Editeur : Bien que n'ayant aucun rapport avec le Nazisme , voici comment la " Geopolitik " Allemande était perçue aux Etats-Unis . Notons que Frank Capra attribue à Karl Haushofer la théorie du Heartland ....

 

 

 

 Welt30007

 

 Welt10001Welt30004

 

 

 

 Welt30009

 

 

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article
13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 12:00

Le début de mois de mai a vu une double passation de pouvoir tant en France qu'en Russie et cela ne sera pas sans conséquences sur les relations Franco-Russes . Même si la fin de l'administration Sarkozy a été marquée par un affrontement à peine caché entre la France et la Russie sur le dossier Syrien , ces relations Franco-Russes n'ont pas encore atteint leur étiage et celui-ci pourrait bien survenir dans les deux prochaines années .

M. Juppé n'avait pas ainsi caché son plaisir face aux manifestations séditieuses à Moscou [ lien ] , et de la même manière M.Longuet évoquait à demi-mots une possible interférence Française dans ces mouvements en relation avec le dossier Syrien * .[ lien ]  

Mais tout comme les gouvernements Soviétiques et Russes ont toujours préféré traiter avec des administrations Républicaines plutôt que Démocrates , l'élection d'un Socialiste à la présidence de la République va certainement compliquer les relations Franco-Russes et dégrader , si c'est encore possible , leur niveau . Cette dégradation pourrait aussi bien concerner la question des " drouâdelôms " que les dossiers Syriens et Iraniens ou la DAMB .

 

Il existe bien effet une Ursso-Russophobie " héréditaire " chez les Socialistes Français qui remonte à Jean Jaurés , soit plus d'un siècle . On pourrait même écrire que ce Socialisme à la sauce hexagonale est antinomique intrinséquement avec la " Russité " que ce soit sous la forme Impériale , Soviétique ou Fédérative . La matière et l'antimatière !

Cette antinomie amène les Socialistes Français a prendre des postures dans les RI qui peuvent "surprendre" mais qui finalement révélent leur nature profonde :

 

En 1905 Jean Jaurés prend parti pour les militaristes Japonais qui agressent l'Empire Russe sans déclaration de guerre en Extrême-Orient  . De la même manière Jaurès s'oppose aux côtés d'Anatole France à l'alliance militaire Franco-Russe en soulignant l'opposition intrinséque des régimes Russes et Français . Le Guesdiste  Charles Bonnier  parlait du «  péril cosaque » et de " Guerre Sainte "  dans Le Socialiste du  7 février 1904 .

 Le Dimanche rouge du 22 janvier 1905 fut accueilli par les Socialistes français comme un événement capital qui devait marquer la fin programmée du tsarisme. Ce fut annoncé d’emblée et directement par le titre de l’éditorial de Jean Jaurès dans L’Humanité du 23 janvier 1905 : « La mort du tsarisme ».

 A la suite de l'attentat de Sarajevo , ce Jean Jaurés envisage même un appel au Président Woodrow Wilson pour une médiation , jettant les bases de l'Atlantisme .

Cet "Atlantisme " se manifeste par l'accueil réservé des dirigeants SFIO à Woodrow Wilson lors de la Conférence de la Paix et le soutien dés ...1916 à une " Société Des Nations " .

 

Le 28 mai 1946 , le président du conseil Léon Blum signe avec le secrétaire d'état Byrnes des accords qui portent leurs noms . La France s'engage à ouvrir ses frontières aux produits Etasuniens et en particulier aux films Etasuniens . C'est le début de la colonisation culturelle de notre pays , déja esquissée avant-guerre .

Le même Léon Blum dans une série d'articles publiès en mai 1947 estime que l'intervention [ économique et militaire ]  Etasunienne en Europe aprés la SGM  a  la légitimité

 de se substituer à celle de l'ONU " défaillante " . Il envisage même une mise au ban de la " communauté internationale " de l'URSS : " Je le dirai avec franchise . Il n'est pas entièrement impossible d'imaginer un jour ou l'autre , sur le plan de l'organisation internationale ou intereuropéenne , on soit obligé de passer outre à l'absence ou à l'abstension volontaire de l'URSS " .

 

En 1966, l'opposition socialiste et centriste au général De Gaulle , dont un certain François Mitterrand ,  avait déposé une motion de censure contre le gouvernement Pompidou pour dénoncer le retrait de la France de l'OTAN . [ lien ]

 

C'était déja la position d'un autre Socialiste  Guy Mollet : " ...nous devrions être unanimes à nous battre  pour l'unification Européenne dans le cadre de l'alliance Atlantique " [ lien ]

Celui-ci déclarait déja le 12 décembre 1951 à propos du réarmement Allemand : " Et si je mets le dossier de l'intégration [ de l'Allemagne au sein de la CED ] avant le dossier de la réunification [ de la RFA et de la RDA ] , c'est par ce que je considère le danger Russe [ SIC ! ] plus grand que le danger Allemand " [ lien ]  

 Au sommet de l'OTAN du 14 décembre 1979 , fut prise la double décision d'installer des missiles en Europe occidentale pour "riposter"  aux SS-20 Soviétiques .

En France, le président Socialiste  François Mitterrand , favorable à l'installation de missiles Pershing II en Allemagne, déclare le 20 janvier 1983  lors d'un discours au Bundestag  : « Seul l'équilibre des forces peut conduire à de bonnes relations avec les pays de l'Est, nos voisins et partenaires historiques. Mais le maintien de cet équilibre implique à mes yeux que des régions entières de l'Europe ne soient pas dépourvues de parade face à des armes nucléaires dirigées contre elles. » En octobre, à Bruxelles , il déclare : « Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l'Ouest et les euromissiles à l'Est. "

 

Les chefs politiques Soviétiques ne sont d'ailleurs pas trompé sur la véritable nature de François Mitterrand et du Socialisme Français puisqu'un article d'avril 1981 de La Pravda appellait à voter pour M. Giscard d'Estaing aux élections présidentielles de 1981 , tout comme en 1974 celui-ci avait déja été approché de manière bienveillante par la diplomatie Soviétique !  [ lien ]  

 

En ce qui concerne le nouveau Président François Hollande , on ne peut être qu'inquiet sur le devenir des relations Franco-Russes  à l'aune de ses prises de position . Dans un communiqué du 25 décembre 2011 le candidat soulignait que "la situation en Russie et l'important mouvement populaire provoqué par les contestations qui ont suivi les dernières élections législatives suscitent l'attention et l'inquiétude".Au cours du mois de mars 2012 , intervenant lors d'une émission télévisée il avouait pourtant naîvement , s'adressant à des journalistes de France 2 dont la neutralité vis à vis des chefs politiques Russes est célèbre : " Je suis la situation en Russie de prés , principalement grâce à vos reportages " !!

Relevant que "de nombreuses i rrégularités avaient été constatées " lors de ces élections, M. Hollande ajoutait que "la répression brutale qui avait frappé les manifestations de protestation dès le lendemain des élections n'a pas empêché le mouvement de prendre de l'ampleur".[ lien ]

L'intervention insipide de Benoit Hamon sur la chaîne Russia Today [ lien ] ne permettant  pas de dégager une ligne claire de cette politique , il convient donc de penser que M.Hollande ne dérogera pas sur les " fondamentaux " Socialistes, comme cette obssession maladive sur les  "drouâdelôms "  [ lien ] ,  vis à vis du monde Russe qu' a par exemple illustré le MAE Bernard Kouchner .[ lien ]    et [ lien ]

 

Tout en estimant qu’il s’agissait d’une « mauvaise décision » de Nicolas Sarkozy, à laquelle le Parti socialiste s’était d'ailleurs opposé à l'époque, François Hollande a précisé lundi 27 février sur TF1 qu’il ne reviendrait pas sur la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’Otan. Après avoir souhaité « donner du sens à la rigueur » il se contentera, comme l’a précisé Pierre Moscovici, son directeur de campagne, de « donner du sens à la présence française dans le commandement intégré de l’Otan ». Ce n'est ni plus , ni moins que la position de Guy Mollet pour justifier son Atlantisme : La " capacité de la France d'influencer les décisions de l'Alliance pas sa présence au sein du commandement intégré  "! ©

Celui qui figure parmi les ministrables pour le Quai d'Orsay déclarait sur Public Sénat le 5 mars 2012 : « Si demain François Hollande est président de la République, il traitera avec tous les dirigeants légitimes de la planète, c'est-à-dire ceux qui ont été élus par leur peuple, Poutine et Jintao, encore que le système chinois ne soit pas démocratique au sens où nous l’entendons. Il y a eu une élection en Russie, on verra ce que pensent les organisations internationales sur cette élection. Il n’empêche, Monsieur Poutine est un homme avec lequel nous ne partageons pas tout, (mais) nous devrons parler avec lui de choses sérieuses, je pense par exemple à la Syrie. Il est inacceptable que la Russie, et d’ailleurs la Chine, bloquent tout processus aux Nations-Unis. (…) Il faut parler avec eux. (…) On peut à la fois avoir des valeurs qui sont les nôtres (…) et en même temps traiter avec eux ».

 

On  peut par exemple penser que même s'il est sceptique sur le dossier [ lien ]  , François Hollande avalisera in fine la participation Française au projet de " bouclier anti-missile "  , tout comme François Mitterrand était favorables au déploiement  des Pershing 's  !

C'est d'ailleurs la vision qui a cours aux Etats-Unis ou  des analystes estiment que l'alignement de la France sur les Etats-Unis ne changera que dans les postures et la réthorique sans changer de ligne directrice et que cet alignement ne pourrait que se renforcer sous une présidence Socialiste **.  .[ lien ]  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* "Le chef d'Etat Russe est lui-même soumis aux élections, il est en train de découvrir la démocratie dans son popre pays, en train de découvrir que son opinion russe n'accepte pas que son pays soit complice, notamment à travers cette affaire syrienne, des pires exactions". "Nous sommes en train d'isoler le pouvoir  Russe sur cette question. Son opinion n'accepte plus que la Russie couvre un tyran sanguinaire"

** A President Hollande on May 6 would therefore represent both continuity on essentials and an opportunity to innovate in global policy-making

 

Voir aussi : http://zebrastationpolaire.over-blog.com/article-le-delit-de-sale-gueule-de-la-russie-deux-siecles-de-russophobie-76878604.html     

 

 

 

Repost 0
Published by DanielB - dans Geopolitique
commenter cet article

Liens