KULTURKAMPF - VERBATIM - La guerre pour la Méotide ! " Cette Crimée est mienne ! " par Alexandre BOUTIAGUINE 1ére partie

Publié le 18 Mai 2026

Je n'ai pas eu le temps , mais j'espère le faire , de finaliser mon précédent Verbatim que je commence par vous en proposer un autre . Je vous avez déjà causé du caractère civilisationnel de cette guerre plusieurs fois en particulier avec cet article où j'écrivais que la guerre , l'Opération Spéciale en cours en Ukraine était une " Guerre pour la Méotide " avec en particulier CHERSONESE en Crimée qui peut-être considérée comme le " Reims Russe ".

C'est tout le sens des propos de l'archéologue Alexandre BOUTIAGUINE dans le journal Kommersant de ce jour . Il y décrit sa détention dans les geôles polonaises , à la demande des autorités ukrainiennes.

Pour l'archéologue Russe cette " Crimée est à moi ! " . Dans cette interviouve il décrit son incarcération et surtout  comment  il y a rédigé de mémoire un livre " La Grèce antique en 50 objets ". Toutes proportions gardées on ne peut pas s'empêcher de penser à M. Jacques BENOIST-MÉCHIN écrivant sa biographie d' IBN-SÉOUDE à la prison de Clairvaux. Dans cette première partie de son interviouve il évoque sa détention et sa libération .

Go. Alexandre BOUTIAGUINE , employé du musée de l'Ermitage, détenu à Varsovie en décembre 2025 à la demande de l'Ukraine est rentré en Russie. Dans un entretien avec la correspondante de Kommersant, Maria BARANNOVSKAYA , il est revenu sur son séjour en prison en Pologne, sur le lien entre archéologie et politique, sur l'évolution de son travail depuis 2014 et a répondu à la question : « À qui appartient la Crimée ? »

 

À propos de son séjour dans un centre de détention provisoire polonais

— Parlez-nous des conditions de détention provisoire dans le centre de détention polonais.

- Je n'ai aucun point de comparaison. C'était une cellule de quatre, et nous n'avions pas le droit d'en sortir sauf pour une promenade quotidienne d'une heure dans la cour de la prison. Il y avait aussi un petit endroit appelé la « svetlitsa » où l'on pouvait théoriquement s'inviter pour jouer au ping-pong une fois par semaine. Nous prenions une douche deux fois par semaine.

— Comment était la nourriture  ?

- La nourriture était copieuse, mais sans saveur : une sorte de margarine, parfois ils l’oubliaient même, et un petit pain tranché pour toute la journée. Au petit-déjeuner il y avait généralement une saucisse ou une saucisse et demie. Le déjeuner était normal : de la soupe, parfois même du bortsch, puis de la purée de pommes de terre ou des pâtes. Il y avait parfois de la compote. Le meilleur plat du dîner était du riz froid avec du fromage blanc, mais le riz avec une pomme… beaucoup moins appétissant.

— Qui étaient vos compagnons de cellule et quelles étaient vos relations avec eux ?

- Mes relations avec mes codétenus étaient bonnes. Vers la fin un Slovaque nous a rejoints et a déclaré que notre cellule était un véritable paradis : il y avait des gens normaux et il n’avait jamais rien vu de tel. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir un Polonais âgé de plus de soixante-dix ans dans ma cellule ; il était très cultivé, avait beaucoup voyagé, parlait un excellent anglais et comprenait le russe. Nous pouvions discuter de tout, de la politique à l’art.

Il y avait une personne poursuivie pour corruption , un Polonais sans responsabilité particulière ; il a même été relâché avant le procès, car il ne faisait que remettre le pot-de-vin de quelqu'un d'autre.

 

Il y avait aussi un Polonais emprisonné pour fascisme, communisme et antisémitisme  - un homme complexe. Mais j'avais aussi une relation normale avec lui.

Il y avait aussi un  chauffeur qui attendait son extradition vers l'Allemagne pour trafic de stupéfiants. Une personne très optimiste.

- Pendant votre emprisonnement vous avez rédigé deux ouvrages universitaires : comment cela a-t-il été possible sans internet, sans ouvrages de référence et sans ordinateur ? Envisagez-vous de les publier ?

Beaucoup considèrent cela comme un acte d'héroïsme, mais en réalité il s'agissait simplement de survivre : il faut absolument garder l'esprit vif. C'est très difficile car les distractions sont rares en prison. Malheureusement  je battais tous mes codétenus aux dames et ils ont cessé de jouer avec moi car je gagnais presque à tous les coups. Alors nous sommes passés aux cartes. Mais combien de temps peut-on jouer aux cartes ? Après tout, ce n'est pas vraiment un jeu qui demande une grande intelligence. Alors, dès le premier jour, j'ai écrit, en essayant de le faire quotidiennement. Même lorsque j'étais malade , heureusement pas trop gravement ! 

Il faut encore convertir ces prises de note au format électronique d'ici la publication car jusqu'à présent je n'ai pu traiter qu'un seul court texte. Je ne m'y suis jamais mis auparavant. Et mon manuscrit fait des centaines de pages donc cela prendra des mois. Bien sûr je dois essayer. Tous ces efforts auront-ils été vains ? 

J'ai écrit « La Grèce antique en 50 objets » et j'aimerais le terminer. Il me faut juste relire quelques passages. J'en suis à environ 40 % de « Rome en 50 objets ». J'ai aussi écrit un article sur l'archéologie dans l'art, des notes diverses, huit nouvelles et une douzaine de poèmes. Je suis membre de l'Union des écrivains, dans la section « Poésie ». Je compte rassembler ces nouvelles, ajouter les quelques poèmes que j'ai écrits précédemment et mes notes de prison, et publier un recueil de fiction

— Combien d'heures par jour étaient consacrées à l'écriture et à la lecture ?

- En gros, on vous accorde huit heures de sommeil, c'est-à-dire à partir du moment où les lumières de votre cellule sont éteintes. Après l'extinction des feux, vers 18h30, vous avez du temps libre et vous pouvez faire ce que vous voulez  car il est quasiment certain que les gardiens ne viendront pas.

En théorie, on peut essayer d'aller uriner aux toilettes, avec une  astuce : on appuie sur un bouton et la lumière reste allumée pendant trois minutes. Un type a même rédigé son propre recours et l'a terminé aux toilettes. Mais en général, je m'en sortais sans.

— Comment avez-vous su qu'un échange allait avoir lieu ?

J'ai d'abord entendu la rumeur par le personnel de l'Ermitage. Environ une semaine plus tard, un avocat est venu m'expliquer qu'une telle possibilité existait, mais que cela impliquait des démarches procédurales risquées sur le plan juridique. J'avais suivi toutes les procédures d'extradition polonaises habituelles et, techniquement, j'aurais pu porter plainte auprès du Conseil européen des droits de l'homme. Il y avait une chance, si j'ai bien compris. Les conditions de détention dans les prisons ukrainiennes sont considérées comme inhumaines et l'Europe préfère ne pas y envoyer de personnes. Mais les autorités polonaises étaient prêtes à me renvoyer immédiatement, même si c'était juridiquement impossible. L'échange ne pouvait avoir lieu que si, pendant ma détention par le ministère polonais de la Justice, je renonçais à mon appel. Et si l'on renonce à son appel, toute action ultérieure est impossible puisqu'on a soi-même refusé de suivre toutes les procédures légales. C'était un risque : si l'échange échouait, je me serais retrouvé à la merci du ministre, qui se serait fait un plaisir de m'extrader vers l'Ukraine.

— Que vous est-il arrivé après avoir rejeté l'appel ?

-  L’avocat m’a demandé de n’en parler à personne, et je l’ai fait. J’ai signé les documents. Le lendemain, il est revenu et m’a dit que tout se passait bien et que, d’après ses informations, ce serait terminé avant la fin du mois. Il restait trois jours. Le soir même, quand ils ont commencé à me transférer dans une autre cellule, mes codétenus se sont beaucoup inquiétés car ils ne voulaient pas perdre un homme bien. Le lendemain matin, ils m’ont emmené pour l’échange

— Comment s'est déroulé l'échange lui-même ?

— D'après les classiques.

Je suis évidemment déçu qu'il n'y ait pas eu de pont comme dans le film « Une saison morte »[ il s'agit ici du film d'espionnage Soviétique de 1968 Мёртвый сезон - NDLR ] Mais sinon, tout s'est plus ou moins déroulé comme ceci.

Les Polonais m'ont transporté masqué et menotté, sans que l'on sache vraiment pourquoi. Ils m'ont expliqué que c'était pour ma sécurité. Ils m'ont ensuite relâché au poste frontière, où j'ai patienté une demi-heure à bavarder avec un garde ; il parlait russe. Puis ils nous ont conduits à la frontière, ont fait passer l'accusé de l'autre côté, et nous avons traversé avec nos affaires. J'ai été accueilli par un homme représentant le président du Bélarus, conduit à l'intérieur du bâtiment et laissé seul dans une pièce pour me reposer.

— Lors de la conférence de presse à l'Ermitage, vous avez déclaré que votre procès n'était pas encore terminé. Qu'entendez-vous par là ?

- Cela ne change rien, car juridiquement parlant, je suis revenu à mon état initial. Autrement dit, la persécution par l'Ukraine se poursuit ; elle n'est pas terminée. Un échange de ce genre n'est pas une procédure légale ; cela se décide au niveau des relations interétatiques. En clair, ils m'ont laissé partir. 

— Envisagez-vous de voyager hors de Russie ?

- L'Ukraine a essayé de me coincer de partout. Ils ont contacté plusieurs pays européens mais ces derniers ont ignoré leurs demandes. Chypre et l'Italie par exemple . Techniquement bien sûr je pourrais prendre le risque et me rendre dans ces pays . Mais je n'en ai pas envie. Je pense qu'il faut attendre indéfiniment .

To be continued ! 

 

KULTURKAMPF - VERBATIM -  La guerre pour la Méotide ! " Cette Crimée est mienne ! " par Alexandre BOUTIAGUINE 1ére partie

Rédigé par DanielB

Publié dans #Kulturkampf, #Histoire de l'URSSIe, #Verbatim, #Govorit MOSKVA

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article