Et si on parlait un peu du partage de l'Antarctique ? And if we talked about dividing Antarctica ?
Publié le 29 Janvier 2010
Abstract :
190 years ago two Russian sailors and explorers , Fabian Bellingshausen and Mikhaïl Lazarev , discovered Antarctica .
If dividing the Arctic is no more a taboo , dividing Antarctica is still one . For how many times ?
Antarctic holds tremendous riches from rare earthes to drinkable water and halieutic ressources .
How many time the International treaty on the Antarctic will be valid as the scramble for the Arctic heats up and as some countries in the Southern hemisphere advance claims on Antacttica ? Ilia Kramnik raises the question and says Russia must be prepared to defend its claims .
Par Ilia Kramnik, RIA Novosti
Le 28 janvier 1820 eut lieu un événement historique lorsque l'expédition de la flotte russe sous la direction de Faddeï (Fabian) Bellingshausen et de Mikhaïl Lazarev découvrit le dernier continent inexploré : l'Antarctique.
Les marins russes furent les troisièmes et derniers (après la découverte de l'Amérique par les Espagnols et celle de l'Australie par les Hollandais) à avoir découvert un continent jusqu’alors inconnu.
Aujourd'hui, l'Antarctique n'appartient juridiquement à personne, elle n'est pas divisée en zones ou secteurs précis et tous ont y accès. La seule question est de savoir combien de temps durera cet état de choses.
L'Antarctique est aujourd'hui la dernière mine aux trésors inexplorée. Ses glaces et son plateau continental recèlent d'immenses réserves en ressources minérales et les mers qui l'entourent sont particulièrement riches en ressources biologiques. Les glaciers de l'Antarctique détiennent 90% des réserves mondiales d'eau douce dont le déficit se fait de plus en plus sentir en raison de l'augmentation de la population de notre planète, ce qui retient l’attention de façon croissante.
Ce continent est longtemps resté introuvable, ensuite longtemps personne ne voulut y vivre. Le voyage à bord des navires Vostok et Mirny fut la première expédition sous hautes latitudes à être envoyée dans les mers du Sud après l'échec de la tentative du célèbre navigateur britannique James Cook de découvrir le continent austral. Au cours de ses expéditions de 1768-1771 et de 1772-1775, Cook réussit à franchir le Cercle Antarctique (66°33'39" de latitude Sud), mais il conclut à l’impossibilité de poursuivre les navigations plus loin vers le Sud.
L'expédition russe avait pour tâche, dès le début, de pénétrer plus profondément dans le Sud en vue de donner une réponse nette quant à l'existence ou l'absence d’un continent austral. La côte de l'Antarctique fut aperçue pour la première fois le 28 janvier, au point de coordonnées de 69°21'28" de latitude Sud et de 2°14'50" de longitude Ouest. Puis les navires russes effectuèrent une navigation autour de l'Antarctique, découvrant au passage plusieurs îles environnantes et traçant son littoral sur la carte dans plusieurs points.
L'Antarctique suscita vraiment une grande attention au XXème siècle après une série d'expéditions menées à l'intérieur du continent et au cours desquelles l'homme mit le pied pour la première fois sur le pôle Sud (expédition d'Amundsen, 1911-1912) et indiqua sur la carte les régions intérieures du continent.
Au milieu du XXème siècle, des expéditions scientifiques permanentes s'installèrent dans l'Antarctique. Le traité en vigueur depuis 1961 prévoit la démilitarisation de l'Antarctique et son utilisation à des fins exclusivement pacifiques. Dans ce traité, les pays signataires renoncent aux revendications territoriales sur ce continent.
Cependant, ce renoncement ne signifiait nullement la fin de l'élaboration de plans d'exploitation des richesses naturelles de l'Antarctique et les revendications territoriales furent tout simplement reportées à plus tard. Avec le temps, les ressources des mers du Sud et du continent le plus méridional de la Terre commencèrent à présenter un intérêt de plus en plus grand pour de nombreux pays du monde. Certains spécialistes estiment que le Traité sur l'Antarctique, tel qu'il se présente actuellement, vit ses dernières années malgré sa récente prorogation de 50 ans.
Bien que l'Antarctique soit une zone démilitarisée, des conflits armés ont déjà éclaté autour d'elle. On peut citer le long conflit qui a duré entre le Chili et l'Argentine pour les îles situées dans la région du cap Horn ainsi que des pénétrations réciproques de la part de ces deux pays dans les régions de revendications territoriales de l'Antarctique où les deux parties renforcent activement leur présence en passant à l'installation de villages permanents.
Souvenons-nous surtout du conflit opposant l'Argentine et la Grande-Bretagne pour les îles Malouines (Falklands). Ne présentant pas un grand intérêt en soi, les Malouines permettent un contrôle sur les richissimes ressources des régions de l'océan. En outre, elles constituent, en fait, avec d'autres îles voisines contrôlées par la Grande-Bretagne, une porte vers l'Antarctique, ce qui explique l'opiniâtreté avec laquelle Londres tient à maintenir sa souveraineté sur les Malouines, ainsi que sur d'autres îles comme l’île de la Géorgie du Sud et les Îles Sandwich du Sud, sans parler des revendications territoriales sur les Shetlands du Sud et les Orkneys du Sud mentionnées dans le traité sur l'Antarctique. [ 1 ]
L'Argentine continue, de son côté, d'insister sur ses droits à ces territoires assurant le contrôle sur d'immenses secteurs du plateau continental et de la surface de la mer. A l’heure actuelle, ce conflit est mis en sommeil, mais de nombreux spécialistes estiment qu'il pourrait parfaitement éclater à l'avenir.
La Russie qui a découvert le continent austral est un des pays le plus largement représentés dans l'Antarctique. Elle y dispose actuellement de cinq stations polaires et d'une base lui permettant de mettre en œuvre un vaste programme scientifique. Des plans de réouverture pour trois autres stations jadis fermées sont en cours d'élaboration.[ 2 ]
La Russie se prononce pour le maintien du statu quo dans l'Antarctique. « La position unique des signataires du traité sur l'Antarctique – à savoir éviter tout acte susceptible de perturber ce traité – est dans l'intérêt de tous les États », a déclaré à ce sujet Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères.
Les pays limitrophes de la région antarctique continuent, oralement, à soutenir le traité mais certaines forces politiques au Chili, en Argentine et en Nouvelle-Zélande estiment que leurs pays ont des droits légitimes à posséder des territoires antarctiques et elles agissent en ce sens.
On peut supposer que le destin des territoires antarctiques dépendra de la position qui sera concertée entre les grandes puissances, y compris la Russie. Au cas où aucune position commune ne serait élaborée, le repartage de l'Antarctique pourrait devenir une réalité politique déjà dans les 2 à 3 décennies à venir. Dans ces conditions, la Russie devra disposer d’arguments valables pour défendre, avec d'autres pays, le statu quo du continent austral ou, si cela s'avère impossible, s’assurer de pouvoir participer à l'exploitation des richesses de l'Antarctique.
Il est impossible de prédire exactement quand il faut s'attendre à une « guerre de l'Antarctique », mais on peut supposer que cela dépend de facteurs comme, par exemple, l'apparition de technologies permettant l'envoi rapide et bon marché d'eau douce des glaciers antarctiques dans les zones de sécheresse et tropicales. Ou bien une nouvelle flambée des prix des hydrocarbures et une hausse des besoins correspondant, ce qui justifierait l'extraction de pétrole sur le plateau continental de l'Antarctique du point de vue économique. Ou bien l'accroissement des besoins en nourriture en raison de l'augmentation de la population de la Terre, ce qui nécessitera une exploration des eaux des mers du Sud par les pêcheurs, etc.[ 3 ]
Pour l'instant, il n’y a aucune convergence d’intérêts mais nous n’en sommes pas si loin.
Dans ce contexte, le renforcement de la présence de la Russie dans l'Antarctique et le développement de son infrastructure polaire sont absolument justifiés. Ces actions assurent à la Russie une base sur laquelle elle pourra s'appuyer en défendant sa position sur le statut du continent austral.
Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.
Note de l'Editeur :
Une des images les plus insolites de la " Guerre Froide " est un discours du Général Pinochet défendant la souveraineté Chilienne sur la région avec pour arrière plan des hélicoptères Soviétiques décollant
Petit à petit , le discours du géneral devient innaudible au milieu du vacarme des turbines et des pales et il semble être le seul à ne pas s'en rendre compte .
Liens :
[ 1 ] The British Are Coming — to Antarctica - Article de Time du 17 octobre 2007 .
[ 2 ] Achèvement d'une expédition aérienne antarctique unique - Depêche de Ria Novosti du 13 janvier 2007 .
[ 3 ] Le krill antarctique suscite de nouvelles convoitises - Article du Figaro du 28 janvier 2010 .